La République démocratique du Congo veut désormais mieux savoir ce qui entre sur son territoire, ce qui en sort et ce qui transite par ses différents corridors. C’est l’un des enjeux du lancement officiel, le 1er septembre à Kinshasa, de SYGREM, le Système de gestion des redevances multimodales. La plateforme numérique a été présentée par le vice-Premier ministre, ministre des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba, comme un nouvel outil de modernisation de la gestion du fret.
Fruit d’un partenariat entre l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM) et PADS Corporation, SYGREM entend digitaliser et sécuriser la gestion des documents liés à la traçabilité des marchandises. Le dispositif doit notamment prendre en charge trois documents essentiels : la Fiche électronique des renseignements à l’importation (FERI), l’Attestation de destination (AD) et la Fiche électronique des renseignements à l’exportation (FERE). La plateforme doit également assurer la gestion des actes générateurs de recettes de l’OGEFREM.
Reprendre le contrôle des flux de marchandises
Derrière cette réforme numérique se trouve un objectif qui dépasse la simple modernisation administrative : renforcer la maîtrise des flux commerciaux.
Le fret multimodal congolais implique plusieurs modes de transport et différents corridors. Dans un tel environnement, le suivi des marchandises peut devenir complexe lorsque les informations sont dispersées entre plusieurs acteurs et procédures. La dématérialisation vise précisément à centraliser davantage ces données et à rendre leur circulation plus sécurisée.
Pour les autorités congolaises, la traçabilité constitue également un instrument de lutte contre la fraude. Le lancement de SYGREM intervient ainsi dans un contexte où la sécurisation des recettes publiques figure parmi les priorités affichées par le gouvernement.
Le ministre des Transports a présenté cette transformation numérique comme un enjeu de souveraineté. Selon Jean-Pierre Bemba, le système doit permettre à l’État de mieux suivre les marchandises aussi bien à l’importation qu’à l’exportation.
L’ambition est donc claire : réduire les zones d’ombre dans la chaîne logistique et disposer d’informations mieux structurées sur le parcours des cargaisons.

La technologie contre la fraude
La lutte contre le coulage des recettes constitue l’un des principaux arguments avancés autour de SYGREM. En centralisant les opérations et en numérisant les procédures, le dispositif doit réduire la place des manipulations manuelles et améliorer la traçabilité des opérations financières.
Le système prévoit notamment une gestion numérique des documents et des actes générateurs de recettes de l’OGEFREM. Selon les éléments présentés lors du lancement, cette architecture doit contribuer à sécuriser les paiements et à améliorer le contrôle des opérations.
L’enjeu financier est important pour un État qui cherche à accroître ses recettes internes. Chaque opération mieux documentée, chaque cargaison correctement suivie et chaque paiement mieux enregistré peut contribuer à limiter les pertes liées aux irrégularités ou aux failles du système.
Mais la digitalisation ne constitue pas, à elle seule, une garantie contre la fraude. Son efficacité dépendra de la qualité des données introduites dans la plateforme, de la connexion entre les différents services concernés et surtout du respect des procédures par les opérateurs.
SYGREM s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation numérique du commerce extérieur congolais.
Selon les informations communiquées lors du lancement, 67 des 77 éléments de la liasse documentaire du commerce extérieur sont déjà dématérialisés. La nouvelle plateforme vient donc compléter un processus qui vise à réduire progressivement la dépendance aux documents physiques et à simplifier les démarches liées aux échanges commerciaux.
Cette évolution pourrait également avoir des effets sur les délais de traitement. Pour les importateurs et exportateurs, la centralisation numérique des documents doit permettre de limiter certaines démarches administratives et de faciliter le suivi des dossiers. L’objectif recherché est celui d’une chaîne logistique plus fluide : moins de documents papier, davantage d’informations disponibles en temps réel et une meilleure coordination entre les acteurs. Pour un pays dont le commerce extérieur repose sur des corridors complexes, cette modernisation peut constituer un avantage opérationnel important.
L’OGEFREM occupe une place centrale dans cette réforme. Chargé de la gestion du fret multimodal, l’Office doit désormais s’appuyer sur un environnement numérique capable de regrouper ses opérations liées à la traçabilité et aux recettes.
Le partenariat avec PADS Corporation traduit également la volonté de l’institution de s’appuyer sur une solution technologique dédiée pour moderniser ses procédures. La plateforme est appelée à devenir un outil central dans la gestion numérique des documents émis par l’Office. L’objectif affiché est notamment de disposer d’une meilleure visibilité sur les opérations de fret et d’améliorer la sécurisation des recettes.
Cette évolution concerne aussi les acteurs intervenant dans les chaînes de transport. Lignes maritimes congolaises (LMC SA), notamment, doit intégrer ces nouveaux mécanismes de contrôle et de sécurisation des marchandises à l’importation comme à l’exportation. Le véritable test commence maintenant. Si le lancement de SYGREM marque une étape importante, les autorités congolaises reconnaissent que le plus difficile reste à faire : assurer son exploitation effective.
Jean-Pierre Bemba a d’ailleurs insisté sur le fait que le lancement ne constituait pas une fin en soi, mais le début d’une phase d’exploitation et d’obligation de résultats.
Cette mise en garde est loin d’être anodine. De nombreux projets de digitalisation publique se heurtent, dans leur mise en œuvre, à des problèmes d’interconnexion, de formation des utilisateurs, de qualité des données ou encore d’appropriation par les différents acteurs.
SYGREM devra donc démontrer sa capacité à fonctionner au-delà de la cérémonie de lancement. La réussite du dispositif se mesurera à des indicateurs concrets : amélioration de la traçabilité, réduction des irrégularités, sécurisation des recettes, simplification des procédures et meilleure visibilité sur les marchandises.
Pour les opérateurs économiques, l’enjeu sera également de savoir si la nouvelle plateforme permet effectivement de réduire les délais et les lourdeurs administratives sans créer de nouvelles contraintes.
Vers un fret congolais davantage contrôlé
Avec SYGREM, la RDC entend donc franchir une nouvelle étape dans la transformation numérique de son système de gestion du fret. La plateforme concentre trois ambitions : mieux suivre les marchandises, sécuriser les opérations et renforcer la mobilisation des recettes publiques.
Le chantier est cependant plus vaste qu’une simple application informatique. Il touche directement à la gouvernance du commerce extérieur, à la transparence des opérations et à la capacité de l’État à contrôler les flux économiques qui traversent son territoire.
Si les objectifs annoncés sont effectivement atteints, SYGREM pourrait contribuer à rendre le système de fret congolais plus transparent et plus efficace. Mais la technologie devra être accompagnée d’un dispositif de contrôle rigoureux et d’une véritable discipline administrative.
Pour la RDC, le défi est désormais de transformer la promesse numérique en résultats mesurables. Car dans le fret comme dans les finances publiques, la traçabilité n’a de valeur que si elle permet réellement de savoir où circule la marchandise, qui la contrôle et ce qu’elle rapporte à l’État.