La nouvelle grille tarifaire prévoit une augmentation de 100 FCFA par litre pour le super, soit environ 9,5 %, et de 150 FCFA pour le gasoil, soit 12 %. Pour les gros consommateurs, le litre d’essence est désormais vendu 1 500 FCFA et celui de gasoil 1 650 FCFA. Il s’agit de la troisième évolution des prix des hydrocarbures en trois ans, après la hausse de janvier 2023 et la baisse intervenue en 2025. À Bangui, les premières réactions ont porté sur les conséquences attendues pour le transport et les prix des marchandises. L’enjeu dépasse en effet le seul prix affiché dans les stations-service. Le carburant étant un intrant essentiel au transport des personnes et des biens, son renchérissement peut rapidement se transmettre à plusieurs secteurs de l’économie.
Le coût de l’enclavement
Il faut noter que la RCA ne produit pas de pétrole et doit donc importer la totalité des produits pétroliers nécessaires à son marché intérieur. Une partie importante de ces approvisionnements transite par le corridor Douala-Bangui, ce qui ajoute au prix d’achat les coûts liés à l’acheminement jusqu’au marché centrafricain. L’audit officiel de la structure des prix des produits pétroliers réalisé en 2025 fournit des éléments sur cette contrainte. Le document indique notamment que le transport routier international avait atteint 150 FCFA par litre, contre 120 FCFA entre 2020 et mi-2023. Il recommande notamment que les autorités centrafricaines discutent avec le gouvernement camerounais d’une éventuelle réduction des coûts de transit liés à l’acheminement des produits pétroliers via le Cameroun. Cette dépendance à une chaîne d’approvisionnement extérieure limite donc la capacité de Bangui à agir sur l’ensemble des composantes du prix final.
La subvention au cœur de l’arbitrage
La décision du gouvernement s’explique également par la volonté de contenir la charge supportée par le budget de l’État. Le président Faustin-Archange Touadéra a expliqué, le 6 octobre, que le maintien du gasoil à 1 250 FCFA aurait contraint l’État à prendre en charge environ 350 FCFA par litre. Pour les autorités, la poursuite de cette politique aurait réduit les marges disponibles pour d’autres dépenses publiques. Le gouvernement opère ainsi un arbitrage entre deux contraintes : protéger les consommateurs grâce à des prix administrés et préserver les finances publiques en réduisant le niveau de soutien aux carburants.
Mais cette seconde option déplace une partie de la charge vers les ménages et les entreprises. Ce qui entraîne d’énormes répercussions. Le principal risque réside désormais dans les effets indirects de la mesure. Une hausse du gasoil renchérit notamment les coûts supportés par les transporteurs, tandis que l’augmentation de l’essence pèse directement sur les déplacements des particuliers.
Pour les commerçants, l’impact peut se traduire par une hausse des frais d’acheminement des marchandises. Selon les possibilités de chaque secteur, ces coûts supplémentaires peuvent être absorbés par les entreprises ou répercutés sur les prix de vente. C’est ce mécanisme qui fait craindre un effet inflationniste. Le FMI avait déjà relevé en avril 2025 que les populations et les entreprises centrafricaines supportaient des prix des carburants près de 40 % supérieurs à ceux d’avant la crise, alors même que les cours mondiaux du pétrole étaient revenus en 2023 et 2024 à leurs niveaux d’avant-crise. L’institution avait demandé un audit des coûts et marges entrant dans la formation des prix afin d’améliorer la transparence du système.
La transparence comme enjeu de fond
La question du prix à la pompe renvoie donc également au fonctionnement de la filière pétrolière centrafricaine. L’audit de 2025 a examiné les différentes composantes de la structure des prix, tandis que le FMI a appelé à davantage de transparence sur les coûts et les marges liés à l’importation.
Pour Bangui, l’enjeu consiste à mieux maîtriser les paramètres sur lesquels une action est possible : coûts logistiques, organisation du marché, conditions d’importation et mécanismes de fixation des prix. Cette réflexion est d’autant plus importante que la RCA reste dépendante de l’extérieur pour son approvisionnement énergétique.
La nouvelle grille tarifaire place donc les autorités face à un arbitrage délicat. Réduire les subventions permet de limiter la pression sur le budget, mais expose davantage les ménages et les entreprises aux variations des coûts énergétiques.
À court terme, l’attention se portera sur l’évolution des tarifs de transport et des prix des marchandises. À plus long terme, le défi sera de réduire la vulnérabilité du pays aux chocs extérieurs en agissant sur la chaîne d’approvisionnement et sur la structure du marché pétrolier.
La hausse du 1er octobre apparaît ainsi comme le symptôme d’une difficulté plus profonde : comment garantir un approvisionnement énergétique abordable à une économie enclavée tout en évitant que la facture des subventions ne devienne insoutenable pour l’État ?