Accueil A LA UNEOlembé : Une facture de 51,5 milliards de FCFA pour le Cameroun

Olembé : Une facture de 51,5 milliards de FCFA pour le Cameroun

par Carole NOUKWA
0 comments

Le chantier du complexe sportif d’Olembé continue de parler de lui à travers ses effets financiers et judiciaires. Sept ans après l’éviction de l’entreprise italienne Gruppo Officine Piccini du projet, le Cameroun vient d’être condamné à lui verser 78,5 millions d’euros, soit environ 51,5 milliards de FCFA. La sentence, rendue le 4 septembre 2026 sous l’égide du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), retient notamment une expropriation illégale de l’investissement italien. La facture pourrait toutefois être plus lourde. Aux 78,5 millions d’euros s’ajoutent des intérêts calculés depuis novembre 2019, ainsi qu’une partie des frais de procédure. Selon les éléments de la sentence, l’indemnisation principale porte notamment sur l’investissement net de Piccini, le manque à gagner sur certains travaux, la perte de jouissance des machines et équipements, leur perte de valeur ainsi que des dépenses engagées après l’expropriation.

Une condamnation pour expropriation illégale

Au cœur de la décision arbitrale figure un constat particulièrement lourd pour l’État camerounais : le tribunal considère que l’investissement de Piccini a été illégalement exproprié. Les arbitres ont également retenu un manquement à l’obligation de garantir un traitement juste et équitable, ainsi qu’à celle d’assurer la pleine protection et sécurité de l’investissement.
Le différend remonte à novembre 2019, lorsque Piccini a été écarté du chantier d’Olembé. L’entreprise italienne contestait cette rupture et estimait avoir été injustement privée de son investissement. Le contentieux s’est alors déplacé sur le terrain de l’arbitrage international. Le tribunal relève notamment que, après la résiliation du marché et la réquisition des équipements de Piccini, aucune indemnisation n’avait finalement été versée au constructeur. Il considère également que l’État n’a pas suffisamment protégé les équipements et les employés de l’entreprise contre des actes de vandalisme, de vol et de harcèlement intervenus après l’arrivée d’un nouvel opérateur sur le chantier.

51,5 milliards contre 123,8 milliards réclamés. Si la condamnation est lourde pour le Cameroun, elle reste néanmoins très éloignée des prétentions financières de Piccini. Dans ses dernières conclusions, le groupe italien réclamait 188,7 millions d’euros au titre des pertes matérielles, soit environ 123,8 milliards de FCFA, auxquels s’ajoutaient 1 million d’euros au titre du préjudice moral, ainsi que les intérêts et les frais de procédure.
Le tribunal n’a donc accordé qu’une partie de cette demande et a rejeté la prétention de Piccini au titre du préjudice moral. Le montant de 78,5 millions d’euros représente environ 41,6 % de la demande matérielle formulée par le constructeur.
Cette précision est importante alors que plusieurs montants beaucoup plus élevés ont circulé depuis l’annonce de la décision. Les chiffres de 250 à 300 milliards de FCFA correspondent aux montants réclamés ou évoqués dans le cadre du contentieux et non au montant finalement fixé par le tribunal arbitral.

Olembé, un chantier devenu contentieux

Au-delà du montant de la condamnation, la décision remet sous les projecteurs le parcours mouvementé du complexe sportif d’Olembé. Le projet, présenté comme l’une des infrastructures phares de la CAN organisée par le Cameroun, avait été confié à Piccini avant que le contrat ne soit résilié en 2019.
Après le départ du groupe italien, les travaux ont été confiés à Magil Construction. Le chantier, qui devait contribuer à l’organisation de la CAN 2021, finalement disputée en 2022, a connu plusieurs difficultés et dépassements par rapport à son coût initial. Le complexe reste ainsi associé à une succession de problèmes contractuels, financiers et judiciaires.
Le contentieux Piccini vient donc ajouter une nouvelle charge à un projet déjà coûteux. Et la sentence internationale ne constitue pas nécessairement le dernier épisode judiciaire de cette affaire.  Yaoundé ne semble pas vouloir s’arrêter à cette première sentence. Selon les informations rapportées après la décision, l’État camerounais entend contester la sentence devant les mécanismes compétents du CIRDI et a également annoncé une autre procédure contentieuse devant la chambre d’arbitrage internationale de Paris.
Pour les finances publiques, l’enjeu est considérable. Car si les 51,5 milliards de FCFA constituent le montant principal annoncé, la facture définitive devra intégrer les intérêts et les frais auxquels le Cameroun a été condamné. Le tribunal a notamment prévu des intérêts calculés selon l’Euribor à six mois majoré de quatre points, à compter du 29 novembre 2019 jusqu’à la sentence.

Une nouvelle facture pour les finances publiques

L’affaire Piccini pose finalement une question plus large : combien le Cameroun aura-t-il réellement à payer pour ce chantier et combien lui coûtera encore le règlement de ses contentieux ? Le chiffre de 51,5 milliards de FCFA ne représente donc pas seulement une condamnation judiciaire. Il matérialise le coût d’un différend né de la rupture d’un contrat public et désormais tranché, au moins à ce stade, par une juridiction arbitrale internationale. Olembé devait être l’un des symboles de la modernisation des infrastructures sportives camerounaises. Mais plusieurs années plus tard, son nom reste malheureusement associé aux dépassements de coûts, aux ruptures contractuelles et aux batailles judiciaires. Avec cette nouvelle sentence, le complexe sportif ajoute une nouvelle ligne salée à son bilan : au moins 51,5 milliards de FCFA à payer à Piccini, hors intérêts et frais supplémentaires.

You may also like

Leave a Comment