Paris et N’Djamena veulent donner une nouvelle impulsion à leurs relations économiques. Réuni il y a quelques jours à Paris à l’initiative de MEDEF International et de la République du Tchad, le Forum d’affaires France-Tchad a rassemblé 250 entreprises françaises et tchadiennes, aux côtés de représentants des pouvoirs publics, d’investisseurs, de bailleurs et de partenaires au développement. L’objectif affiché : transformer les priorités du développement tchadien en projets susceptibles de mobiliser davantage de capitaux privés.
Cette rencontre intervient dans le prolongement de la rencontre du 29 janvier 2026 entre Emmanuel Macron et Mahamat Idriss Déby Itno. Elle s’inscrit surtout dans la mise en œuvre du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », présenté en novembre 2025. Structuré autour de 17 programmes et 268 projets, ce plan représente un volume d’investissement estimé à environ 26 milliards d’euros, soit près de 17 000 milliards de FCFA.

Des secteurs ouverts aux investisseurs
L’ambition de N’Djamena est désormais de trouver des partenaires capables d’accompagner concrètement ses projets prioritaires. Les discussions du Forum de Paris ont porté sur plusieurs secteurs : agriculture et agro-industrie, élevage, énergie, infrastructures, transports, eau et assainissement, industries extractives, numérique, santé et formation. Des échanges ont également concerné la mobilisation de capitaux privés pour les projets d’eau et d’électricité.
L’élevage illustre particulièrement cette volonté de faire évoluer le modèle de coopération. Une délégation tchadienne avait effectué, du 21 au 24 septembre 2026, une mission en Saône-et-Loire auprès d’entreprises françaises spécialisées dans l’agroalimentaire, l’alimentation animale, l’abattage, la transformation, la chaîne du froid et la collecte du lait.
Les discussions ont porté sur l’identification et la traçabilité du bétail, l’amélioration génétique, la production d’aliments pour animaux, les équipements d’abattage, la transformation de la viande, la collecte et la conservation du lait ainsi que la formation professionnelle. L’objectif affiché est de développer des projets dans lesquels les acteurs tchadiens et français partageraient investissements, responsabilités, risques et bénéfices.
De l’aide au Co-investissement
Cette orientation marque une évolution dans la manière dont les deux pays veulent concevoir leur coopération économique. L’enjeu n’est plus seulement de financer des projets publics ou de soutenir ponctuellement certains secteurs, mais de faire émerger des opérations économiquement viables susceptibles d’attirer des entreprises et des investisseurs.
Le gouvernement tchadien cherche ainsi à mobiliser les entreprises françaises autour des 268 projets de « Tchad Connexion 2030 ». En juin dernier, le ministre d’État chargé des Finances, du Budget, de l’Économie et de la Coopération, Tahir Hamid Nguilin, avait déjà rencontré des entreprises françaises dans le cadre de la préparation du Forum de Paris. Les secteurs ciblés comprenaient notamment l’eau, l’énergie, les infrastructures, les mines, l’industrie, l’agriculture, l’élevage, la santé et la formation.
Le 25 septembre, en marge du Forum, Tahir Hamid Nguilin a également rencontré à Bercy son homologue français Roland Lescure. Les deux responsables ont échangé sur le renforcement de la coopération économique et financière ainsi que sur l’accompagnement des projets prioritaires du plan « Tchad Connexion 2030 ».
Une relation commerciale encore déséquilibrée
Le potentiel de cette nouvelle coopération doit toutefois être mis en perspective avec la structure actuelle des échanges bilatéraux. Selon France Diplomatie, les exportations françaises vers le Tchad ont atteint 117 millions d’euros en 2024, en progression de 47 % sur un an.
Dans le même temps, les importations françaises en provenance du Tchad se sont élevées à 414 millions d’euros, principalement sous l’effet des hydrocarbures. Le solde commercial était ainsi déficitaire pour la France pour la cinquième année consécutive. Les hydrocarbures représentent l’essentiel des importations tchadiennes vers la France, tandis que les autres produits demeurent beaucoup plus limités.
Les investissements français au Tchad restent également relativement modestes. Le stock d’investissements directs étrangers français s’établissait à 50 millions d’euros en 2024, contre 111 millions d’euros en 2019. Une vingtaine d’entreprises françaises sont néanmoins présentes dans le pays, notamment dans l’agroalimentaire, le BTP, le commerce, la logistique et les équipements.
Ces données donnent une idée de l’ampleur du chantier auquel sont confrontés les deux partenaires : transformer les déclarations d’intention en investissements productifs, alors que le Tchad cherche à diversifier son économie et à attirer davantage de capitaux privés.
Le défi du climat des affaires
La réussite de cette nouvelle phase dépendra également des conditions offertes aux investisseurs. Le Forum de Paris a consacré une partie de ses travaux au climat des affaires, aux mécanismes de sécurisation et de facilitation des investissements et aux moyens de mobiliser davantage de financements privés.
Pour les entreprises françaises, l’enjeu sera notamment d’identifier des projets suffisamment structurés et bancables. Pour le Tchad, il s’agit de convertir les ambitions de « Tchad Connexion 2030 » en réalisations concrètes, tout en diversifiant ses sources de financement et ses partenaires économiques.
Dans ce nouveau schéma, les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de l’énergie, du numérique et des infrastructures apparaissent comme des terrains privilégiés pour développer des partenariats entre entreprises.
La séquence ouverte en 2026 dessine ainsi une relation franco-tchadienne davantage orientée vers l’investissement, le secteur privé et le Co-investissement. Le Forum de Paris en constitue une étape, mais la concrétisation des 268 projets annoncés dans « Tchad Connexion 2030 » sera le véritable indicateur de la capacité des deux pays à transformer ce rapprochement économique en opérations concrètes.