Accueil A LA UNEAprès le retour de Paul Biya : Le Cameroun attend toujours les grands changements

Après le retour de Paul Biya : Le Cameroun attend toujours les grands changements

Remaniement ministériel, nominations des DG et PCA, magistrature… Les dossiers qui s’accumulent sur la table d’Etoudi.

par refletsdafrique
0 comments

Le retour du président Paul Biya au Cameroun, le 20 août dernier, après 74 jours d’absence, avait suscité une attente particulière dans l’opinion nationale et internationale. Après plusieurs semaines d’incertitude et de spéculations, le chef de l’État a regagné Yaoundé sans déclaration publique. Mais, derrière les scènes de liesse qui ont accompagné son retour, une question alimente les conversations dans les salons feutrés de la capitale politique et les chaumières : à quand le temps des décisions ?

Car au-delà du retour physique du président à Etoudi, une partie de l’opinion attend désormais un retour à l’action. Le pays est entré dans une nouvelle séquence politique après l’élection présidentielle d’octobre 2025 et la réélection de Paul Biya. Pourtant, plusieurs secteurs demeurent suspendus à des décisions présidentielles très attendues.

Un gouvernement toujours attendu

La première grande interrogation concerne le gouvernement. Plusieurs mois après la présidentielle, le Cameroun continue de fonctionner avec l’équipe gouvernementale en place, alors que l’attente d’un réaménagement ou d’une nouvelle équipe gouvernementale s’est progressivement installée dans l’opinion.

Cette attente n’est pas seulement politique. Pour beaucoup de Camerounais, un nouveau gouvernement devrait être l’occasion de donner une nouvelle impulsion à l’action publique, avec des responsables capables de répondre aux urgences quotidiennes : coût de la vie, emploi des jeunes, infrastructures, santé, éducation, énergie, sécurité et amélioration du climat des affaires.

Dans les quartiers populaires comme dans les milieux économiques, la question n’est donc plus uniquement de savoir qui sera ministre, mais surtout quelle politique sera conduite et avec quels résultats.

Surtout que la Loi fondamentale adoptée au Parlement en avril 2026 consacre le poste de vice-président. Mais plusieurs mois après, l’oiseau rare qui viendra de fait prendre les rênes du pouvoir à Yaoundé tarde à être trouvé. Et les spéculations vont bon train. Au point d’alimenter une pseudo-guerre de positionnement au sein du sérail entre les apparatchiks du président Paul Biya au pouvoir depuis le 06 novembre 1982.

Cette nomination est d’autant plus importante, qu’elle viendra rassurer les investisseurs et les marchés de capitaux. Car, l’âge du chef de l’Etat, 93 ans largement révolus, ne plaide pas en faveur du Cameroun. Surtout en l’absence des indicateurs qui laisseraient croire à une stabilité du pouvoir en cas de vacance au somment de l’Etat.

DG et PCA : l’autre grande attente

Autre dossier qui alimente les supputations : les nominations à la tête des entreprises et établissements publics.

Directeurs généraux, directeurs généraux adjoints, présidents et membres de conseils d’administration sont attendus dans plusieurs structures publiques ou parapubliques. Ces postes revêtent une importance particulière dans un pays où certaines entreprises publiques constituent des instruments essentiels de l’économie nationale.

Pour l’opinion, ces nominations devraient répondre à une logique de compétence, d’expérience et de résultats.

Le temps où la nomination à la tête d’une entreprise publique pouvait être perçue uniquement comme une récompense politique semble de moins en moins compatible avec les attentes d’une population confrontée aux difficultés économiques.

Le Cameroun veut désormais des managers capables de gérer, redresser et développer. Dans les entreprises publiques en difficulté, les usagers attendent moins des changements de personnes que des changements de méthode : meilleure gouvernance, réduction des déficits, amélioration du service public et reddition des comptes.

Ces changements sont tout aussi importants même au niveau de la perception de la gouvernance. Selon des données recueillies auprès du ministère des Finances en 2026, renforcées par le professeur Viviane Ondoua Biwole, 77 présidents de conseil d’administration des sociétés publiques et parapubliques ont des mandats échus, ainsi que 58 directeurs généraux, 35 directeurs généraux adjoint. Par ailleurs, une analyse basée sur les données de catégorisation du MINFI avait identifié 94 DG et DGA dont les mandats devaient arriver à échéance en 2026, auxquels s’ajoutaient huit postes vacants, soit 102 nominations à effectuer.

La magistrature également dans l’expectative

Le secteur judiciaire n’échappe pas à cette attente. Le président de la République, qui préside le Conseil supérieur de la magistrature, a déjà posé certains actes en 2026. Un décret du 2 juin 2026 a notamment renouvelé et nommé des membres du Conseil supérieur de la magistrature, donnant un signal de remise en activité de cette institution.

Des nominations judiciaires ont également été effectuées dans certains secteurs, notamment dans la justice militaire. Le 31 mars 2026, le chef de l’État avait ainsi signé un décret portant nomination d’un officier magistrat au siège du Tribunal militaire de Bafoussam.

Mais pour une partie de l’opinion, ces actes ne suffisent pas à dissiper l’impression d’attente. La magistrature demeure un secteur particulièrement sensible. Les Camerounais veulent une justice plus rapide, plus accessible et davantage perçue comme indépendante et impartiale.

Dans un contexte où les questions de gouvernance, de détournements présumés de deniers publics, de corruption et de conflits fonciers continuent d’alimenter l’actualité, la justice est appelée à jouer pleinement son rôle.

Le peuple attend surtout des actes

Derrière ces trois dossiers – gouvernement, entreprises publiques et magistrature – se trouve une attente beaucoup plus profonde. Le Camerounais lambda ne suit pas nécessairement les jeux de pouvoir qui précèdent les nominations. Il regarde surtout les conséquences concrètes des décisions prises à Yaoundé.

Aura-t-il de l’électricité ? Trouvera-t-il un emploi ? Pourra-t-il se soigner correctement ? Ses enfants pourront-ils bénéficier d’une éducation de qualité ? Les routes seront-elles praticables ? Les prix vont-ils continuer à grimper ? L’administration sera-t-elle plus efficace ? Ce sont ces questions qui devraient, selon de nombreux citoyens, guider les prochaines décisions présidentielles.

Après l’attente, le temps de l’efficacité

Le contexte politique donne à ces prochaines nominations une dimension particulière. La réintroduction du poste de vice-président dans la réforme constitutionnelle d’avril 2026 a également alimenté les interrogations sur l’organisation du pouvoir et la succession à la tête de l’État. À ce jour, le poste demeure sans titulaire, ce qui nourrit les débats sur la continuité du pouvoir et la lisibilité de l’après-Biya.

Dans ce climat, chaque nomination présidentielle est scrutée comme un signal. Le choix des ministres dira quelle direction le chef de l’État entend donner à son nouveau septennat. Celui des DG et PCA renseignera sur la volonté de réformer les entreprises publiques. Les nominations dans la magistrature seront, elles, observées à l’aune de la capacité du système judiciaire à répondre aux attentes de justice des citoyens.

Le président Paul Biya est désormais de retour au Palais de l’Unité. L’horloge politique, elle, continue de tourner. Après les mois d’attente, l’opinion publique semble demander une chose simple : que les décisions arrivent et qu’elles produisent rapidement des résultats.

Car pour le Camerounais confronté chaque jour au chômage, à la vie chère, aux difficultés d’accès aux services publics et aux incertitudes économiques, le véritable changement ne se mesure pas au nombre de décrets signés, mais à leur impact sur la vie quotidienne.

Et c’est peut-être là que se trouve le principal défi du nouveau septennat : transformer l’attente en action et les nominations en résultats.

You may also like

Leave a Comment