L’or constitue l’un des piliers de l’économie burkinabè. Le pays a produit plus de 94 tonnes du métal jaune en 2025, selon les données officielles. Pourtant, extraire le minerai ne constitue qu’une étape de la chaîne de valeur. Une fois sorti des sites miniers, l’or peut encore générer des activités dans l’analyse, l’affinage, le stockage, la certification, la commercialisation ou encore la bijouterie.
C’est sur cette partie de la chaîne que le Burkina Faso entend désormais se positionner. Inaugurée à Ouagadougou le 28 septembre dernier, la Raffinerie nationale d’or du Burkina Faso (RAFFINOR-BF) doit permettre d’effectuer localement l’affinage du métal. Sa capacité initiale est annoncée à 164 tonnes par an, avec une perspective d’extension à 515 tonnes.
Cette capacité apparaît importante au regard de la production nationale actuelle. Elle ouvre donc la possibilité, à terme, de traiter des volumes supplémentaires, notamment si la raffinerie parvient à attirer de l’or provenant d’autres pays de la région.

L’enjeu n’est plus seulement de produire
L’investissement de plus de 11 milliards de FCFA traduit un changement d’approche dans la politique minière burkinabè. L’objectif affiché n’est plus uniquement de développer l’extraction, mais de conserver sur le territoire une partie des activités qui interviennent après la sortie du minerai.
L’affinage transforme notamment l’or brut en lingots répondant à des standards de pureté. Cette opération nécessite des équipements industriels, des laboratoires d’analyse, des infrastructures de stockage et des compétences spécialisées. Autant d’activités susceptibles de créer de nouveaux débouchés autour du secteur aurifère.
Selon les chiffres communiqués par les autorités, RAFFINOR-BF devrait générer 100 emplois directs et 5 000 emplois indirects. Ces retombées ne se limitent donc pas aux postes créés directement dans l’usine. Elles concernent également les services liés au transport, à la sécurité, à l’analyse, à la logistique et à la transformation.
Une capacité supérieure à la production actuelle
Le dimensionnement de la raffinerie constitue l’un des éléments les plus importants du projet. Avec 164 tonnes de capacité annuelle dès sa première phase, l’installation dispose d’une capacité supérieure aux plus de 94 tonnes produites par le Burkina Faso en 2025.
La deuxième phase, annoncée à 515 tonnes par an, ferait davantage de la raffinerie un outil susceptible d’accueillir des volumes régionaux. Cette perspective donnerait au Burkina Faso la possibilité de se positionner non seulement comme producteur, mais aussi comme pays de transformation et de traitement de l’or.
Cette ambition dépendra toutefois de la capacité de RAFFINOR-BF à attirer suffisamment de volumes et à répondre aux exigences des marchés internationaux. La compétitivité de l’installation, la qualité de ses lingots et sa capacité à intégrer les circuits commerciaux seront donc déterminantes.

De l’orpaillage à la raffinerie : sécuriser les flux
L’autre enjeu concerne l’or issu de l’exploitation artisanale. Ce segment représente une part importante de l’activité aurifère au Burkina Faso, mais sa traçabilité constitue un défi pour les autorités.
La mise en place d’une capacité nationale d’affinage doit permettre de mieux encadrer les flux qui arrivent sur le marché officiel. En intégrant davantage de volumes dans une chaîne contrôlée, le gouvernement entend renforcer la traçabilité du métal et améliorer la connaissance des quantités effectivement commercialisées.
Cette question est directement liée aux recettes publiques. Plus les flux sont identifiés et intégrés aux circuits formels, plus les autorités disposent de moyens pour suivre les opérations et les revenus générés par le secteur.
Un pari industriel au-delà des frontières
Le choix d’une capacité de 164 tonnes, extensible à 515 tonnes, laisse également entrevoir une ambition régionale. Si la production nationale ne suffit pas à alimenter pleinement l’installation, son développement pourrait passer par le traitement de volumes provenant d’autres pays producteurs.
Le Burkina Faso rejoint ainsi une dynamique observée dans plusieurs pays africains qui cherchent à réduire l’exportation de matières premières sans transformation. Pour Ouagadougou, l’enjeu est de faire de l’or non seulement une source de recettes d’exportation, mais aussi un support pour développer une industrie locale autour du métal précieux.
La raffinerie constitue toutefois un point de départ plutôt qu’un aboutissement. Sa capacité à créer durablement de la valeur dépendra de son approvisionnement, de la formalisation de l’or artisanal, de la compétitivité de ses services et de son accès aux marchés internationaux.
Avec RAFFINOR-BF, le Burkina Faso tente ainsi de déplacer le centre de gravité de sa filière aurifère : de l’extraction vers la transformation. Reste désormais à convertir les 164 tonnes de capacité annoncée en volumes effectivement traités et en retombées économiques mesurables pour le pays.