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Cameroun–GIZ : Le pari allemand sur la modernisation de l’élevage

La coopération entre le Cameroun et l’Allemagne veut manifestement passer à une nouvelle étape. Reçu en audience le 7 octobre 2026 par le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, Dr Taïga, le nouveau directeur résident de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) au Cameroun, accompagné de la délégation de la coopération allemande, est venu présenter ses civilités, mais aussi faire le point sur le portefeuille des projets conjoints.

par Carole NOUKWA
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La rencontre entre le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), Dr Taïga, et la délégation de la coopération allemande ouvre une nouvelle page dans le partenariat entre Yaoundé et Berlin. Au-delà de la présentation du nouveau directeur résident de la GIZ au Cameroun, les échanges ont porté sur les chaînes de valeur, la formation, la santé animale, la sécurité sanitaire des aliments et la résilience climatique. Des priorités qui posent désormais la question de la transformation de l’appui technique en gains réels de productivité pour les producteurs et en meilleure offre pour les consommateurs.

Durant l’entrevue, les discussions ont porté sur plusieurs secteurs considérés comme déterminants pour l’avenir de l’économie agropastorale camerounaise : développement des chaînes de valeur de l’élevage et de la pêche, santé animale, formation des éleveurs et adaptation aux changements climatiques. Derrière cette rencontre institutionnelle se dessine surtout un enjeu économique. Le Cameroun dispose d’un potentiel important dans l’agriculture et l’élevage, mais la faiblesse des rendements, l’accès limité aux innovations, au financement et aux ressources productives continuent de limiter la capacité des exploitations à créer davantage de valeur. La GIZ elle-même relève que l’agriculture et l’élevage représentent environ 15 % du PIB camerounais et constituent une source majeure d’emplois, tout en soulignant le niveau encore faible des rendements et les difficultés d’accès des petites exploitations aux innovations susceptibles d’améliorer leur productivité.

Passer de la coopération à la productivité

C’est précisément sur ce terrain que le partenariat germano-camerounais pourrait prendre une nouvelle dimension. Au cours de l’audience, le MINEPIA a exposé les priorités du gouvernement : modernisation des services vétérinaires, renforcement des laboratoires, sécurisation des aliments et développement d’une approche « One Health », intégrant les dimensions humaine, animale et environnementale.

Ces priorités ne relèvent pas uniquement de la santé publique. Elles ont aussi une portée économique directe. Une meilleure surveillance sanitaire des cheptels peut contribuer à limiter les pertes, sécuriser la production et améliorer la qualité des produits commercialisés. De même, le renforcement des laboratoires et des dispositifs de contrôle peut participer à instaurer davantage de confiance autour des produits d’origine animale, aussi bien auprès des consommateurs que des opérateurs économiques.

Pour le Cameroun, l’enjeu consiste donc à faire en sorte que l’accompagnement extérieur ne reste pas cantonné au renforcement institutionnel. Il doit contribuer à augmenter la production, améliorer la productivité et permettre aux producteurs de capter une plus grande part de la valeur créée.

Cette problématique n’est pas nouvelle dans les interventions de la GIZ au Cameroun. Dans le cadre de précédents programmes de développement rural, l’agence allemande a travaillé sur la professionnalisation de l’agriculture et de l’élevage, la formation technique et entrepreneuriale, l’amélioration des pratiques de production et de transformation ainsi que l’accès aux marchés. Un programme de développement rural, mis en œuvre notamment dans l’Adamaoua et le Nord, avait ainsi pour objectif d’accroître la productivité agricole et animale tout en favorisant une utilisation plus économe des ressources.

Les chaînes de valeur au cœur du prochain défi

L’une des clés du partenariat réside désormais dans les chaînes de valeur. Produire davantage ne suffit pas si les producteurs restent confrontés à des difficultés de transformation, de commercialisation, de financement ou d’accès aux marchés.

Les expériences antérieures de la coopération allemande montrent d’ailleurs que cette approche dépasse la seule production primaire. Au Cameroun, le programme ProCISA, achevé en mars 2024, avait notamment pour objectif d’améliorer les revenus des petits exploitants, l’emploi et l’approvisionnement régional grâce aux innovations agricoles et agroalimentaires. Son budget était de 28 millions d’euros, soit environ 18,4 milliards de FCFA, et ses interventions associaient notamment le MINADER et le MINEPIA.

Dans le bassin cotonnier, le programme ABC-PADER a également ciblé l’amélioration de la productivité et de la durabilité de l’agriculture et de l’élevage, l’accès au financement, l’entrepreneuriat et la formation professionnelle agropastorale. La GIZ y identifiait notamment la nécessité de promouvoir des pratiques adaptées au changement climatique afin d’améliorer les performances économiques des acteurs privés.

Ces expériences donnent une indication sur les attentes qui peuvent entourer la nouvelle séquence de coopération : aller davantage vers la création de valeur et les revenus, plutôt que mesurer les résultats uniquement à l’aune du nombre de formations ou d’actions d’accompagnement réalisées.

Le climat, nouveau paramètre de compétitivité

L’autre défi majeur est climatique. Pour l’élevage, les effets des changements climatiques se traduisent notamment par la pression exercée sur les pâturages, les ressources en eau et l’alimentation animale. La GIZ souligne elle-même que les changements climatiques affectent la production animale et peuvent réduire la productivité des élevages.

La question devient donc celle de la résilience économique des exploitations. Comment maintenir la production lorsque les ressources naturelles se raréfient ? Comment améliorer l’alimentation animale, la gestion des pâturages et l’accès à l’eau ? Comment permettre aux éleveurs d’adopter des techniques qui limitent leur vulnérabilité aux chocs climatiques ?

Sur ce terrain, la coopération allemande dispose déjà d’une expérience au Cameroun. Dans les régions cotonnières, ses programmes ont notamment cherché à promouvoir des pratiques agricoles adaptées au climat, à sécuriser l’accès aux terres et aux ressources naturelles, à faciliter l’accès au financement et à renforcer l’entrepreneuriat des producteurs et des éleveurs.

L’enjeu pour la nouvelle phase sera donc de faire de la résilience climatique non seulement une exigence environnementale, mais aussi un facteur de compétitivité des filières animales.

Le pari de la formation et de l’entrepreneuriat

La formation constitue un autre pilier des échanges du 7 octobre. Le nouveau directeur résident de la GIZ a réaffirmé la volonté de l’Allemagne de poursuivre et de densifier son accompagnement du MINEPIA, notamment dans les programmes de développement durable, de formation et d’entrepreneuriat agropastoral. Cette orientation rejoint l’un des constats récurrents des programmes de la coopération allemande : l’amélioration de la productivité passe également par le renforcement des compétences techniques et entrepreneuriales. Les programmes précédents ont notamment travaillé sur la formation professionnelle agropastorale, avec l’objectif d’améliorer l’employabilité des jeunes et d’adapter les offres de formation aux besoins du secteur.

Pour le Cameroun, le défi sera donc de rapprocher davantage formation, besoins des filières et débouchés économiques. L’enjeu n’est plus seulement de former des producteurs, mais de disposer d’acteurs capables de gérer des exploitations plus modernes, de transformer les produits, d’accéder au financement et de se positionner sur des marchés plus rémunérateurs.

Du « One Health » à la sécurité alimentaire

L’approche « One Health » défendue par le MINEPIA apporte enfin une dimension supplémentaire à ce partenariat. En intégrant santé humaine, santé animale et environnement, elle élargit la politique d’élevage à une problématique plus vaste : celle de la sécurité alimentaire. Pour les consommateurs, la question est celle de la disponibilité de produits animaux en quantité suffisante, mais aussi de leur qualité et de leur innocuité. Pour les producteurs et les entreprises, la sécurisation sanitaire peut devenir un levier de compétitivité. C’est donc sur la capacité à relier ces différentes dimensions que se jouera la prochaine étape de la coopération Cameroun–Allemagne. Le portefeuille de projets évoqué lors de l’audience constitue une base de travail. Mais l’attente est désormais plus concrète : que les projets en cours se traduisent par davantage de production, de revenus, d’emplois et de valeur ajoutée dans les territoires ruraux.

À l’issue de la rencontre, les deux parties ont affiché leur volonté d’accélérer la mise en œuvre des projets en cours, au bénéfice des producteurs et des consommateurs camerounais. Une ambition qui devra désormais se mesurer sur le terrain, dans les exploitations, les élevages, les laboratoires et les chaînes de commercialisation. Car pour le secteur agropastoral camerounais, le véritable défi n’est plus seulement de multiplier les partenariats, mais de transformer durablement la coopération en capacité productive.

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