Le contraste est saisissant. En l’espace d’une campagne, le prix garanti du cacao en Côte d’Ivoire est passé de 2 800 FCFA à 1 200 FCFA le kilogramme. Le gouvernement ivoirien a confirmé, le 1er septembre 2026, le maintien de ce dernier niveau pour la campagne principale 2026-2027. L’annonce a été faite par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, à l’ouverture de la 10e édition des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC), à Abidjan.
Un prix divisé par plus de deux
Le chiffre résume à lui seul le choc subi par la filière. À 2 800 FCFA/kg, le cacao avait atteint un niveau record au démarrage de la campagne 2025-2026. Mais la flambée n’aura pas duré. Face au recul des cours internationaux, le prix garanti avait déjà été ramené à 1 200 FCFA/kg en mars 2026. Pour la nouvelle campagne, le gouvernement a donc décidé de reconduire ce montant plutôt que de procéder à une nouvelle baisse. La diminution représente 1 600 FCFA par kilogramme, soit environ 57 % par rapport au prix record de 2 800 FCFA. Pour les producteurs, cette différence pèse lourdement sur les revenus tirés de chaque récolte.
Cette situation est directement liée à la forte volatilité du marché international. Le ministre Bruno Nabagné Koné a expliqué que la fixation du prix devait tenir compte des ventes réalisées par le Conseil du Café-Cacao et rester « financièrement et budgétairement soutenable ».
Le spectaculaire niveau de 2 800 FCFA avait été rendu possible par l’envolée des cours internationaux du cacao. Mais le marché s’est ensuite retourné. La baisse des prix mondiaux a réduit les marges permettant au système ivoirien de maintenir un prix bord champ aussi élevé.
Le mécanisme ivoirien repose en effet sur la vente par anticipation. Le prix garanti aux producteurs est notamment déterminé en fonction des ventes à terme réalisées par le Conseil du Café-Cacao. Pour la campagne 2026-2027, les ventes effectuées entre mars et juin ont conduit à une fourchette de prix située entre 1 200 et 1 500 FCFA/kg, selon des sources citées par Reuters. Le gouvernement a finalement retenu le niveau inférieur de cette fourchette.
La décision traduit donc moins une volonté de réduire arbitrairement la rémunération des planteurs qu’une volonté d’adapter le prix garanti à la nouvelle réalité du marché international.
La filière doit désormais créer davantage de valeur. Au-delà du prix bord champ, le gouvernement ivoirien veut désormais faire évoluer le modèle économique de la filière. À l’ouverture des JNCC 2026, Bruno Nabagné Koné a appelé à passer d’une logique fondée principalement sur les volumes à une stratégie davantage tournée vers la valeur ajoutée.
La transformation locale, la mécanisation, le numérique et la recherche doivent ainsi occuper une place plus importante dans l’avenir de la cacaoculture ivoirienne. L’ambition affichée est également d’attirer davantage de jeunes vers une filière présentée comme stratégique pour l’économie nationale.
Cette orientation intervient dans un contexte où la production ivoirienne demeure confrontée à plusieurs défis. Le démarrage de la campagne principale 2026-2027 est notamment perturbé par un retard des récoltes. Selon Reuters, des conditions météorologiques défavorables, l’entretien insuffisant de certaines plantations et la vigueur inhabituelle de la campagne intermédiaire pourraient retarder les arrivages de huit à dix semaines.
Le producteur au cœur de l’équation
Derrière les chiffres du marché mondial se trouve une réalité beaucoup plus concrète : celle des milliers de producteurs dont les revenus dépendent directement du cacao.
Le maintien du prix à 1 200 FCFA constitue certes un mécanisme de protection contre une transmission immédiate et intégrale des fluctuations internationales. Mais l’écart avec les 2 800 FCFA de l’année précédente rappelle également la fragilité d’un modèle largement exposé aux mouvements des cours mondiaux.
Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, le défi est désormais double : préserver le revenu des planteurs lorsque les cours reculent et profiter des périodes favorables pour renforcer durablement la capacité de la filière à créer de la valeur.
Le cacao ivoirien change donc de prix, mais surtout de contexte. Après l’euphorie des 2 800 FCFA, le retour à 1 200 FCFA ramène brutalement la filière à la réalité d’un marché international volatil. Pour les autorités, l’enjeu est désormais de faire en sorte que la puissance de la première économie cacaoyère mondiale ne repose pas uniquement sur les tonnes produites, mais aussi sur la valeur créée et redistribuée tout au long de la chaîne.