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Douala : La vente du site de Djeuga Palace rattrapée par le contentieux foncier

L’État camerounais s’apprête à remettre aux enchères un important actif immobilier situé à Bonadibong dans le 1er arrondissement de la ville de Douala. D’une superficie de 1,07hectare, le site qui abrite l’immeuble inachevé du Djeuga Palace est vendu à 5,5 milliards de FCFA. Mais derrière cette opération de valorisation d’un ancien actif de la Regifercam se joue un contentieux foncier et administratif dont l’issue judiciaire n’est pas encore définitivement connue.

par Carole NOUKWA
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Le dossier Djeuga Palace connaît un nouveau rebondissement. Le Cabinet Conseil Atou, agissant dans le cadre de la gestion et de la sauvegarde de l’actif résiduel de l’ancienne Regifercam, a annoncé la mise aux enchères de l’immeuble urbain au lieu-dit Giratoire Joss, dans le quartier Bonadibong à Douala.  Selon l’avis de vente, le bien couvre une superficie de 1 hectare 07 are 04 centiares, soit 10 704 m². Il est bordé notamment par le boulevard de la Liberté et la rue Koumassi. La vente est programmée pour le vendredi 9 octobre 2026 à 11 heures, devant notaire à Douala. La mise à prix est fixée à 5,5 milliards de FCFA. Les candidats devront notamment déposer une caution de 50 millions de FCFA.
L’opération ne concerne pas la société Djeuga Palace en tant qu’entreprise, mais bien l’actif immobilier sur lequel se trouve le complexe hôtelier. Le placard de vente prévoit par ailleurs que l’acquéreur pourra bénéficier de l’entrée en jouissance du bien et que les éventuels frais liés à la démolition des constructions existantes pourront lui incomber.

Une affaire qui remonte à plusieurs années

Derrière cette adjudication se trouve un conflit foncier qui oppose depuis plusieurs années les intérêts de l’homme d’affaires Jean-Claude Feutheu, promoteur du Djeuga Palace, au Cabinet Conseil Atou, intervenant pour le compte de l’État dans la récupération et la gestion de l’actif considéré comme relevant de l’ancienne Regifercam.
Le désaccord porte notamment sur l’assiette foncière occupée par le projet hôtelier et sur la régularité des droits revendiqués sur cette parcelle.
Selon les éléments rapportés par la presse économique, une différence aurait été relevée entre la superficie déclarée dans certains actes de concession et l’étendue effectivement occupée. L’occupation du site serait de l’ordre de 10 704 m², alors que la superficie déclarée dans les actes évoqués dans le dossier serait nettement inférieure. C’est sur fond de ces irrégularités que le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières a pris, en février 2026, une décision rétractant la concession définitive attribuée à la société hôtelière. Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée à la décision administrative.

Le juge administratif entre dans la bataille

Le 21 juillet 2026, le Tribunal administratif du Littoral a accordé un sursis à exécution à l’arrêté ministériel contesté. Cette décision est importante, mais elle ne doit pas être interprétée comme un règlement définitif du litige. Un sursis à exécution suspend les effets de la décision administrative contestée dans l’attente de l’examen du fond. Il ne signifie donc pas que le tribunal a définitivement consacré les droits de l’une ou l’autre partie. Plusieurs sources ayant suivi le dossier font état de cette suspension provisoire, tandis que d’autres procédures judiciaires ont parallèlement porté sur la libération du site. Quelques jours après cette décision administrative, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a rendu une ordonnance de référé d’heure à heure, référencée 506/H, en date du 23 juillet 2026. Sur cette base, une sommation de libérer les lieux a été signifiée à la Société hôtelière Djeuga Palace le 21 août 2026, avec un délai de 48 heures. Le dossier se retrouve ainsi au croisement de plusieurs procédures et de plusieurs ordres de juridiction. Une vente malgré un dossier encore ouvert. C’est précisément cette situation qui donne à l’adjudication annoncée une dimension particulière.
D’un côté, l’État considère le site comme un actif relevant de son patrimoine et entreprend de le valoriser à travers une procédure de vente aux enchères. De l’autre, la décision administrative ayant servi de fondement à la reprise du bien fait encore l’objet d’un contentieux devant le juge administratif. La nuance est essentielle : la mise aux enchères ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une irrégularité de la procédure. Elle traduit la position de l’État sur ses droits sur l’actif, tandis que le contentieux doit encore permettre de déterminer définitivement la régularité des droits revendiqués par les différentes parties.
L’enjeu est donc moins de savoir qui a déjà « gagné » que de comprendre comment les différentes décisions judiciaires et administratives vont s’articuler autour de la vente annoncée.

Un actif de plusieurs milliards au cœur d’un bras de fer

L’enjeu financier est considérable. Le prix de départ de 5,5 milliards de FCFA donne à cette adjudication une dimension exceptionnelle sur le marché immobilier de Douala. À cette somme, l’acquéreur devra ajouter les frais, droits, taxes et impôts liés à l’opération. Le prix final pourra également dépasser la mise à prix en fonction des enchères.
Mais au-delà du montant, c’est la sécurité juridique de l’opération qui sera scrutée.
Car une vente immobilière de cette ampleur ne repose pas seulement sur la valeur physique du terrain ou sur son emplacement stratégique. Elle repose également sur la capacité de l’acquéreur à disposer durablement de son bien, à le financer, à l’exploiter et à le transmettre sans être rattrapé par une contestation antérieure.
Le cas du Djeuga Palace pose donc une question fondamentale à l’État comme aux investisseurs : à quel moment un actif litigieux peut-il être considéré comme suffisamment sécurisé pour être vendu ? Le jugement sur le fond du contentieux sera, à cet égard, déterminant. Pour l’heure, une chose est certaine : le site de Bonadibong est désormais au centre d’une opération immobilière de 5,5 milliards de FCFA, alors que le débat judiciaire sur les droits attachés à cette parcelle n’est pas définitivement clos. Le 9 octobre prochain, ce ne sera donc pas seulement une parcelle de 10 704 m² qui sera proposée aux enchères. Ce sera aussi, indirectement, la solidité juridique de la valorisation d’un ancien actif ferroviaire qui sera observée.

 

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