Le meurtre de Crescence Merline Beguel, 44 ans, poignardée le 25 août 2026 dans une chambre d’hôtel à Yaoundé, est venu raviver une indignation qui ne retombe plus. Son décès intervient alors que plusieurs autres femmes ont été tuées dans différentes localités du pays en l’espace de quelques jours. On dénombre 8 femmes tuées en 8 jours soit une moyenne d’une femme tuée par jour. Selon les données compilées par le Ministère de la promotion de la femme et de la famille, 69 cas de féminicides ont été recensés en 2024, contre 56 en 2023, soit une hausse de 23,2 % en un an. Le ministère souligne que ces chiffres seraient en deçà de la réalité, en raison de cas non signalés, liés à la peur, au silence familial, à la pression sociale et au manque de confiance envers les institutions. Selon des données compilées et rendues publiques par des observateurs et les organisations de suivi des violences basées sur le genre, 34 cas de féminicides auraient déjà été commis au premier trimestre 2026, avec la Région du Centre qui totaliserait à elle seule 19 cas. Bien que ces chiffres ne soient pas officiels, ils démontrent néanmoins que le mal existe et nécessite une attention particulière. Etant donné que ces victimes, dans la plupart des cas sont assassinées par leur conjoint, un ex-partenaire ou un membre de la famille.
Cette succession de drames donne au phénomène une visibilité particulière. Les féminicides ne sont plus seulement évoqués comme des faits divers de société isolés. Ils s’imposent désormais comme un problème majeur de société et de sécurité publique. En juin dernier, le gouvernement avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Entre janvier et avril 2026, 1 599 cas de violences basées sur le genre, dont 50 féminicides, avaient été recensés, selon les données présentées par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.

Face à cette nouvelle série de crimes, les réactions se multiplient
La footballeuse Ajara Nchout Njoya a dénoncé une situation dans laquelle être une femme devient un risque. Sa coéquipière Monique Ngock a appelé à briser le silence et à protéger les victimes dès les premiers signes de violence. Dans la classe politique, le député Cabral Libii réclame une répression plus sévère des auteurs. Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun demande également une réponse judiciaire et institutionnelle à la hauteur de la gravité du phénomène. Le gouvernement n’est pas resté silencieux. Une conférence de presse interministérielle avait été organisée en juin autour de la recrudescence des violences faites aux femmes et aux enfants. Plusieurs départements ministériels avaient alors réaffirmé leur volonté de renforcer la riposte. Surtout, l’annonce de l’ exécutif de l’élaboration d’un projet de loi spécifique sur les violences basées sur le genre, qui devrait être soumis au Parlement lors de la session de septembre 2026. Cette perspective est accueillie avec intérêt par les organisations de défense des droits des femmes, qui réclament depuis longtemps un cadre juridique plus spécifique.
L’annonce d’une nouvelle loi ne saurait suffire
Le Cameroun dispose déjà de mécanismes judiciaires, policiers et sociaux permettant de sanctionner une partie des violences commises contre les femmes. Le véritable enjeu est ailleurs. Comment intervenir avant que la violence ne devienne mortelle ? Une femme battue plusieurs fois, menacée ou harcelée n’est pas encore un chiffre dans une statistique de féminicides. Elle est une victime potentielle qu’il faut protéger. C’est donc désormais sur la capacité de l’État et de la société à détecter, prévenir et traiter ces cas de violences en amont que se mesurera l’efficacité de la riposte.
C’est vrai que le Cameroun vise l’émergence à l’horizon 2035, cependant avec des chiffres de féminicides qui s’enlissent au fil du jour, il est clair qu’il sera difficile d’atteindre l’émergence. Il y a de nombreux enfants qui se retrouvent du jour au lendemain orphelin et traumatisés avec toutes les conséquences que cela engendre. Et le plus déplorable dans toute cette situation, c’est le silence coupable dont fait très souvent montre le Ministère de la promotion de la femme et de la famille, à chaque fois qu’une femme est assassinée. Bien que pour renforcer la protection des victimes et durcir les sanctions, le gouvernement a engagé depuis 2023 l’élaboration d’un projet de loi contre les violences basées sur le genre (VBG). Un atelier de validation s’est tenu du 3 au 5 février 2026 à Ebolowa (Sud), réunissant le Ministère de la promotion de la femme et de la famille, MINPROFF, plusieurs ministères partenaires (Justice, Santé, Défense, Affaires sociales…) et des partenaires comme la Banque mondiale et ONU Femmes. Objectif : finaliser un texte qui, s’il est adopté par l’Assemblée nationale, pourrait constituer un outil juridique de référence contre les VBG. Le Cameroun s’est aussi doté d’une Stratégie nationale de lutte contre les VBG visant à réduire de moitié leur prévalence d’ici 2026, articulée autour de la prévention, de la prise en charge des victimes, du renforcement institutionnel et de la lutte contre les normes patriarcales. Mais sur le terrain, les violences persistent, alimentant un écart entre engagements publics et réalité vécue par les femmes et les filles.
L’indignation est nécessaire. Mais elle ne sauvera aucune femme si elle ne se transforme pas en action. La prochaine victime ne doit pas être le prochain signal d’alarme.