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Gabon : 1 700 milliards de Fcfa à recouvrer, 600 débiteurs dans le viseur

Le chiffre donne le vertige. Près de 1.700 milliards de Fcfa restent dus à l’État gabonais au titre de débets et d’amendes prononcés par la Cour des comptes. Derrière cette somme colossale : environ 600 personnes physiques et morales, parmi lesquelles d’anciens responsables publics, des comptables publics, des élus locaux et des dirigeants d’entreprises.

par Thierry Nyope
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Face à l’ampleur des sommes en jeu, le pouvoir gabonais veut désormais passer de la constatation au recouvrement. Un délai d’un mois a été accordé aux débiteurs pour régulariser leur situation. Échéance : 7 octobre 2026. Au-delà de cette date, les dossiers qui n’auront pas été soldés pourront prendre une tournure pénale.

Un passif qui remonte à plusieurs décennies

L’affaire ne date pas d’hier. Selon le Premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, les 1.700 milliards de Fcfa correspondent au stock de décisions de débets et d’amendes accumulé par la juridiction financière au fil des années.

Une précision importante : il ne s’agit donc pas de 1.700 milliards de Fcfa détournés au cours de la seule année 2026, ni même d’un montant issu des seuls contrôles récemment effectués. Certains dossiers remontent à une vingtaine d’années.

Le terme « débet » renvoie notamment à une somme qu’une personne doit restituer à l’État ou à un organisme public lorsqu’une irrégularité financière a été constatée dans sa gestion. La Cour des comptes dispose précisément de compétences juridictionnelles en matière de jugement des comptes, de fautes de gestion et d’amendes. La particularité de cette opération tient également au profil des débiteurs. Selon nos sources, la liste concerne notamment d’anciens ministres, des maires, des présidents d’assemblées départementales, des comptables publics et des chefs d’entreprises. Certains opérateurs privés auraient notamment bénéficié de paiements publics sans avoir exécuté les prestations correspondant aux sommes perçues.

Autrement dit, l’affaire dépasse largement le seul cadre de la responsabilité des comptables publics. Elle met en lumière toute une chaîne de gestion de l’argent public : décideurs, ordonnateurs, comptables, collectivités et prestataires.

Un débiteur à près de 800 milliards de Fcfa

C’est probablement l’un des éléments les plus spectaculaires du dossier. Selon les chiffres disponibles, un seul débiteur devrait à lui seul près de 800 milliards de Fcfa à l’État. Si ce chiffre devait être confirmé officiellement dans le détail des dossiers, il représenterait près de la moitié du montant global actuellement évoqué.

Une concentration aussi exceptionnelle des créances soulève évidemment une série de questions : qui est ce débiteur ? Dans quelles circonstances une telle dette a-t-elle été constituée ? Quels mécanismes de contrôle ont permis qu’une telle situation perdure ? Et surtout, pourquoi le recouvrement n’a-t-il pas abouti plus tôt ? Autant d’interrogations auxquelles la transparence sur les dossiers concernés devra répondre.

Le délai fixé au 7 octobre 2026 marque surtout un changement de méthode. Pendant des années, certaines décisions de la juridiction financière sont restées sans exécution complète. Désormais, le pouvoir veut accélérer le recouvrement et faire comprendre aux débiteurs que les décisions financières ne sauraient rester lettre morte.

À l’expiration du délai, les dossiers non régularisés pourraient être transmis à la juridiction pénale compétente, avec la perspective de poursuites devant la Cour criminelle spécialisée. Le message politique est donc limpide : l’ère de l’impunité financière serait-elle en train de toucher à sa fin ? Au-delà du montant spectaculaire, cette affaire constitue un test majeur pour la politique de bonne gouvernance engagée par les autorités gabonaises.

La Cour des comptes se présente comme l’institution chargée de veiller au bon emploi des deniers publics et à la responsabilité des gestionnaires. Son rôle est notamment de contrôler l’utilisation des fonds publics et de sanctionner certaines irrégularités de gestion. Mais établir une dette ne suffit pas. Encore faut-il recouvrer effectivement les sommes.

C’est précisément là que se situe désormais le véritable enjeu des 1.700 milliards de Fcfa. L’État gabonais pourra-t-il transformer des décisions de justice financière accumulées pendant des années en recettes effectivement récupérées ?

1 700 milliards : une manne pour les finances publiques

L’enjeu est considérable pour un État confronté à des besoins importants en matière d’infrastructures, de santé, d’éducation, d’emploi et de développement local.

Les 1.700 milliards de Fcfa représentent, à titre d’ordre de grandeur, une masse financière considérable rapportée aux finances publiques gabonaises. Il est évalué à environ 31 % du budget rectifié de l’État pour 2026, fixé à quelque 5.495 milliards de Fcfa.

Même une récupération partielle de cette somme constituerait donc une bouffée d’oxygène pour les caisses publiques.

Mais le véritable défi sera de distinguer les sommes réellement recouvrables des créances anciennes, litigieuses ou devenues difficiles à exécuter.

D’ici au 7 octobre, les regards seront donc tournés vers Libreville. Les 600 débiteurs vont-ils payer ? Les administrations vont-elles parvenir à récupérer les sommes dues ? Les noms des principaux débiteurs seront-ils rendus publics ? Et surtout, combien de milliards de Fcfa rentreront effectivement dans les caisses de l’État ?

Une chose est certaine : le dossier des 1.700 milliards de Fcfa place désormais la question de la responsabilité financière au cœur du débat public gabonais.

Après des années de décisions parfois restées sans véritable effet, le pouvoir d’Oligui Nguema joue une partie importante de sa crédibilité sur sa capacité à faire passer le message de la lutte contre les détournements et la mauvaise gestion des deniers publics du discours à la réalité.

Le 7 octobre prochain pourrait ainsi constituer moins une simple échéance administrative qu’un véritable test de l’État de droit financier au Gabon.

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