La Guinée équatoriale veut tirer pleinement profit de l’arrivée de Starlink sur son territoire. Après avoir donné son feu vert au service d’internet satellitaire de SpaceX, le gouvernement s’attaque désormais à l’encadrement de son activité. L’objectif affiché est de mettre en place un dispositif permettant à l’État de suivre les opérations commerciales et les flux financiers liés à ce nouveau service.
Lors d’une réunion tenue le 8 septembre 2026 à Malabo, les autorités ont décidé de confier la commercialisation de Starlink à l’Office de régulation des télécommunications (ORTEL), sous la supervision du secrétariat d’État chargé de l’Intelligence artificielle. Le dispositif doit notamment permettre de mieux organiser la distribution du service sur le marché national.
Le contrôle des revenus au cœur du dispositif
Derrière cette régulation se joue surtout une question économique : qui contrôle les revenus générés par Starlink en Guinée équatoriale ? Les autorités prévoient l’ouverture d’un compte bancaire spécifique destiné à faciliter le suivi des paiements liés à l’activité. Cette mesure traduit la volonté de Malabo de disposer d’une meilleure visibilité sur les recettes générées par l’internet satellitaire et de s’assurer que l’activité s’inscrit dans le circuit économique national.
Le gouvernement souhaite également régulariser les abonnements souscrits auparavant par certains utilisateurs à partir de coordonnées étrangères. L’enjeu est de faire basculer ces connexions dans le cadre réglementaire national, afin que l’utilisation commerciale de Starlink sur le territoire soit effectivement contrôlable.
Une arrivée qui répond à un besoin de connectivité
L’autorisation accordée à Starlink constitue néanmoins une évolution importante pour le secteur numérique équato-guinéen. Grâce à son réseau de satellites en orbite basse, le service de SpaceX peut permettre de connecter des zones moins bien desservies par les infrastructures terrestres traditionnelles. Cette perspective intéresse notamment les activités économiques situées dans des zones isolées. Les compagnies pétrolières opérant offshore ont d’ailleurs été autorisées à utiliser le service, ce qui illustre son potentiel pour les entreprises confrontées aux limites des réseaux classiques.
Pour Malabo, l’enjeu est donc double : améliorer la connectivité du pays tout en veillant à ce que cette nouvelle activité ne crée pas une économie numérique parallèle échappant aux mécanismes nationaux de régulation.
Malabo veut aussi négocier avec les grandes plateformes. Le dossier Starlink s’inscrit dans une réflexion plus large des autorités équato-guinéennes sur les revenus issus de l’économie numérique. Le gouvernement s’est également intéressé à la contribution des grandes plateformes internationales, notamment Meta, propriétaire de Facebook, Instagram et WhatsApp.
La problématique est désormais bien identifiée : avec la digitalisation de l’économie, une entreprise peut fournir des services à des utilisateurs installés en Guinée équatoriale tout en réalisant une partie de ses opérations financières depuis l’étranger. Pour les États, le défi consiste donc à adapter leurs mécanismes fiscaux et réglementaires à ces nouveaux modèles économiques.
Transformer Starlink en opportunité économique
Au-delà du contrôle des revenus, le gouvernement entend également favoriser l’émergence de compétences locales autour de Starlink. La formation de techniciens équato-guinéens capables d’installer et d’assurer la maintenance des équipements fait partie des pistes envisagées. L’ambition est ainsi de ne pas limiter les retombées de Starlink à l’accès à Internet. Emplois, compétences techniques, recettes fiscales et activité commerciale constituent autant d’enjeux pour l’économie nationale.
L’arrivée de Starlink apparaît donc comme bien plus qu’une simple nouvelle offre de connexion. Pour Malabo, elle constitue un test grandeur nature de sa capacité à réguler les multinationales du numérique, contrôler leurs flux financiers et capter une partie de la valeur créée sur son territoire. Après avoir ouvert la porte à SpaceX, l’État équato-guinéen entend désormais s’assurer qu’il reste maître du cadre économique dans lequel l’opérateur évoluera.