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SOCADEL : Après 100 jours, le redressement à l’épreuve du déficit

Réunis le 8 octobre 2026 à Douala autour du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, les responsables de la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL) ont dressé le bilan des 100 premiers jours de la nouvelle équipe dirigeante. Au cœur de cette évaluation : le redressement d’une entreprise dont les recettes mensuelles, passées de 30 à 32 milliards de FCFA, restent inférieures aux charges, comprises entre 42 et 44 milliards. Entre un plan d’urgence de 107 milliards de FCFA, la recherche de financements bancaires et la lutte contre plus de 60 milliards de FCFA de pertes annuelles liées à la fraude, le défi est désormais de transformer les mesures engagées en résultats financiers concrets et en une amélioration durable de la fourniture d’électricité.

par Carole NOUKWA
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Cent jours après l’installation de ses premiers dirigeants, la SOCADEL affiche des avancées remarquables, mais le déséquilibre financier demeure lui considérable. Lors de la réunion d’évaluation présidée par Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’eau et de l’énergie le 8 octobre dernier à Douala, les données présentées ont révélé une progression des recettes mensuelles de 30 à 32 milliards de FCFA. Ce gain de 2 milliards de FCFA traduit une amélioration des encaissements, sans toutefois permettre à l’entreprise de couvrir ses charges mensuelles, estimées entre 42 et 44 milliards de FCFA.

L’écart entre les recettes et les dépenses reste ainsi compris entre 10 et 12 milliards de FCFA par mois. Cette situation fragilise la trésorerie de l’entreprise et sa capacité à honorer l’ensemble de ses engagements envers les acteurs de la chaîne électrique, notamment les producteurs NHPC et Globeleq, ainsi que le transporteur SONATREL. Les factures de ces partenaires ne sont pas encore intégralement réglées.

Or, la SOCADEL occupe une position centrale dans le fonctionnement du secteur. Elle collecte les revenus issus de la commercialisation de l’électricité et assure leur redistribution aux différents intervenants. Ses difficultés financières dépassent donc son seul périmètre : elles peuvent affecter les paiements aux fournisseurs, l’entretien des infrastructures et les investissements nécessaires à l’amélioration de la desserte.

L’enjeu des réformes engagées est de rétablir progressivement cet équilibre. Pour y parvenir, la nouvelle direction mise sur l’accroissement des recettes, la réduction des pertes commerciales, la maîtrise des dépenses et le refinancement de la dette. Ces chantiers constituent les principaux leviers d’un redressement dont les effets devront désormais être mesurés dans les comptes de l’entreprise.

107 milliards FCFA pour répondre aux urgences du réseau

La SOCADEL entend s’appuyer sur un plan d’urgence de 107 milliards de FCFA couvrant la période 2026-2027. Ce programme vise à répondre aux difficultés opérationnelles qui continuent de peser sur la fourniture d’électricité, à travers la réhabilitation des équipements, le renforcement des infrastructures et l’amélioration des réseaux de distribution.

Les besoins sont importants. L’entreprise signale des difficultés persistantes dans la région de l’Est, notamment un déficit prolongé de production à Lom Pangar. À Bonabéri Nord et à Dibombari, l’amélioration de la desserte nécessite entre autres le renforcement des capacités de transport au niveau de Bekoko. La société fait également état de ruptures de stocks de matériels essentiels, notamment des transformateurs et des câbles.

Six appels d’offres publiés le 8 octobre 2026 donnent une première mesure de ces besoins. Leur coût prévisionnel cumulé atteint 44,54 milliards de FCFA toutes taxes comprises. Les marchés concernent l’acquisition de câbles, de transformateurs, d’équipements de protection, d’accessoires de lignes et de pièces de rechange, ainsi que l’installation de 10 MW de capacités thermiques dans le réseau interconnecté Nord. Les soumissions sont attendues le 23 octobre 2026.

Ces acquisitions doivent contribuer à réduire les contraintes techniques qui limitent la qualité du service. Mais la publication des appels d’offres ne signifie ni que les marchés sont attribués, ni que les équipements sont déjà disponibles. De même, les informations publiées ne précisent pas le rattachement exact de ces achats à l’enveloppe de 107 milliards de FCFA.

La réussite du plan dépendra donc de la capacité de la SOCADEL à mobiliser les ressources nécessaires, à conduire les procédures jusqu’à leur terme et à exécuter les investissements dans les délais annoncés.

260 milliards FCFA de financements recherchés

Le redressement financier passe également par le recours au marché bancaire. Le 1er juillet 2026, la SOCADEL a signé avec General Bank of Cameroon un mandat d’arrangement et de levée de fonds visant à mobiliser 60 milliards de FCFA pour financer des investissements prioritaires dans la production, la distribution et la commercialisation de l’électricité.

En août, General Bank of Cameroon, Afriland First Bank et BGFIBank Cameroun ont reçu un second mandat portant sur une enveloppe cible de 200 milliards de FCFA. Cette opération prévoit une facilité de crédit renouvelable de 50 milliards de FCFA destinée aux besoins de trésorerie et un financement de 150 milliards de FCFA pour le refinancement des dettes bancaires et fournisseurs existantes. Les deux opérations représentent ainsi un objectif cumulé de 260 milliards de FCFA. Elles répondent à des besoins distincts : financer des investissements prioritaires, soutenir la trésorerie et réaménager les engagements financiers existants.

Toutefois, ces enveloppes restent des financements recherchés. Les mandats signés ne constituent pas une preuve de décaissement intégral des fonds. Leur mobilisation effective dépend de la finalisation des montages bancaires et des conditions de crédit. Cette nuance est essentielle pour apprécier la portée du redressement. Le refinancement peut contribuer à desserrer les contraintes de trésorerie, mais il ne résout pas à lui seul le problème structurel d’une entreprise dont les charges dépassent durablement les recettes. Pour retrouver une situation financière plus soutenable, la SOCADEL doit également accroître ses encaissements et réduire les dépenses qui peuvent l’être sans compromettre le fonctionnement du réseau.

La fraude électrique, un manque à gagner de plus de 60 milliards FCFA

La lutte contre la fraude constitue un autre axe majeur de la feuille de route. Les pertes commerciales qui lui sont associées sont estimées à plus de 60 milliards de FCFA par an. Pour la première année, l’objectif annoncé est de dégager au moins 500 millions de FCFA de gains supplémentaires par mois grâce au renforcement des contrôles et du recouvrement. Les premières données communiquées par l’entreprise font état d’une hausse de 26 % de la moyenne mensuelle des encaissements liés à la lutte contre la fraude entre mai et juillet 2026, par rapport à la moyenne enregistrée entre janvier et avril. Cette progression constitue un indicateur encourageant, mais elle ne permet pas d’affirmer que l’objectif mensuel est déjà atteint.

La SOCADEL entend intensifier les opérations de contrôle avec l’appui des équipes du ministère de l’Eau et de l’Énergie et des forces de l’ordre. La mise en place annoncée d’une brigade nationale antifraude doit également permettre de mieux coordonner les interventions. L’enjeu est de sécuriser les branchements, d’améliorer le comptage de l’électricité consommée et de récupérer les recettes qui échappent au circuit commercial. Les résultats devront cependant être appréciés à partir des sommes effectivement encaissées et de l’évolution des pertes, plutôt qu’au seul nombre d’irrégularités constatées.

En parallèle, l’entreprise poursuit les opérations de recouvrement des impayés. La régularité des paiements des clients, y compris les administrations et les entités publiques, représente un levier déterminant pour renforcer les ressources disponibles et limiter l’accumulation des créances.

Réduire les dépenses et élargir la clientèle

La maîtrise des charges constitue le troisième pilier du redressement. La direction de la SOCADEL déclare avoir réalisé 6,5 milliards de FCFA d’économies, dont 3 milliards sur les coûts de fonctionnement et 3,5 milliards sur l’assistance technique et les consultants. La période de référence de ces économies n’étant pas précisée dans les informations publiées, leur caractère récurrent reste à établir.

Six audits portant sur les créances, la dette, le personnel, les stocks, les frais financiers et les contrats doivent également permettre d’identifier les marges d’optimisation. L’objectif est de mieux maîtriser les engagements de l’entreprise et de limiter les dépenses qui ne contribuent pas directement à ses priorités opérationnelles.

En matière de recettes, la SOCADEL vise le raccordement d’environ 150 MW de nouveaux clients industriels, avec un potentiel de revenus supplémentaires estimé à près de 4 milliards de FCFA par mois. Les installations destinées à plusieurs entreprises, notamment CIMAF, CACEMCO, Sinafcim, Afisa Port Side et UCB, ont été mises en service pour une demande cumulée de 10 MW. Des travaux et procédures de marchés concernent par ailleurs d’autres raccordements.

L’objectif de 150 MW reste néanmoins une cible à atteindre. Les recettes annoncées ne pourront se matérialiser qu’à mesure que les raccordements seront effectivement réalisés et que les clients consommeront l’électricité fournie. Cette stratégie présente un double intérêt : renforcer les revenus de l’entreprise et répondre aux besoins énergétiques du tissu industriel. Mais elle suppose que les capacités de production, de transport et de distribution puissent accompagner la demande supplémentaire dans des conditions satisfaisantes.

Le bilan des 100 jours ne se limite pas aux indicateurs financiers. La SOCADEL fait également état de 45 053 branchements basse tension normalisés et de la livraison de 16 000 compteurs communicants. Le programme PERACE prévoit, pour sa part, 34 000 branchements supplémentaires d’ici à la fin de l’année 2026. Ces opérations doivent contribuer à améliorer le comptage, la gestion des clients et le recouvrement des factures. Elles s’inscrivent dans une démarche plus large de modernisation des activités de l’entreprise.

Pour les consommateurs, toutefois, l’indicateur déterminant reste la continuité de l’alimentation électrique. Les coupures persistent dans plusieurs localités et continuent de peser sur les ménages comme sur les entreprises. La SOCADEL doit donc démontrer que les efforts financiers et les investissements engagés se traduisent concrètement par une réduction des interruptions et une amélioration de la qualité de la fourniture.

La question tarifaire constitue également un enjeu. Selon les données communiquées par l’entreprise, le coût moyen de fourniture du kilowattheure atteint 118,24 FCFA, contre un prix moyen de 85,42 FCFA. Cet écart pèse sur l’équilibre économique du secteur. Toute évolution tarifaire devra néanmoins tenir compte de ses conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts de production des entreprises.

Au terme de cette première évaluation, le redressement de la SOCADEL reste donc un chantier ouvert. La progression des recettes, les économies déclarées et les opérations de lutte contre la fraude témoignent des mesures engagées. Mais le déficit persistant, les besoins d’investissement et les difficultés de trésorerie montrent que le chemin vers l’équilibre reste long.

La prochaine étape sera décisive : la SOCADEL devra prouver que les mesures annoncées permettent de réduire durablement son déficit, de régler plus régulièrement ses fournisseurs et d’améliorer la fourniture d’électricité. C’est à l’aune de ces résultats que sera jugée la portée réelle des 100 premiers jours de sa nouvelle équipe dirigeante.

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