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Tchad : N’Djamena gèle les nouvelles autorisations de prospection minière

Le Tchad met un coup d’arrêt aux nouvelles opérations de prospection minière. Depuis le 11 septembre 2026, le gouvernement suspend, jusqu’à nouvel ordre, l’octroi de nouvelles autorisations sur l’ensemble du territoire. Une décision qui intervient alors que les autorités veulent réorganiser le secteur, moderniser le cadastre minier et revoir le cadre réglementaire applicable aux opérateurs.

par Carole NOUKWA
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Le sous-sol tchadien n’est plus ouvert à de nouvelles demandes de prospection. À travers l’arrêté ministériel n°064 du 10 septembre 2026, les autorités ont décidé de suspendre l’examen de toute nouvelle demande d’autorisation de prospection minière.
La mesure, entrée en vigueur le 11 septembre 2026, s’applique à l’ensemble du territoire national et concerne les opérateurs souhaitant obtenir de nouveaux droits de prospection. Aucune échéance de reprise n’a pour l’instant été communiquée. Le gel est donc maintenu « jusqu’à nouvel ordre ».
Cette décision ne signifie toutefois pas l’arrêt de l’exploitation minière existante. Elle porte principalement sur l’ouverture de nouveaux périmètres à la prospection, première étape avant l’obtention éventuelle de titres permettant d’aller vers l’exploration puis l’exploitation.

Un secteur en pleine réorganisation

Le timing de cette suspension est révélateur. Quelques jours seulement avant l’annonce, le Tchad avait engagé les travaux autour de la révision de son dispositif minier. Le 8 septembre 2026, un atelier national consacré à l’examen et à la validation du projet de nouveau Code minier et de ses textes d’application a été ouvert.
Le gouvernement cherche ainsi à remettre à plat les règles qui encadrent l’accès aux ressources minières. La modernisation du cadastre minier, qui permet notamment de suivre les titres et les périmètres attribués, constitue également un enjeu majeur.
Pour N’Djamena, l’objectif est de disposer d’une meilleure connaissance des droits accordés, des zones disponibles et des activités effectivement réalisées sur les différents périmètres.
Le gel des nouvelles autorisations peut donc être interprété comme une mesure de transition : avant d’attribuer de nouveaux espaces aux investisseurs, l’État entend améliorer ses outils de contrôle et clarifier les règles du jeu.

L’or, principal enjeu économique

Cette reprise en main intervient alors que l’activité aurifère prend une importance croissante dans l’économie tchadienne.
Le pays dispose d’un potentiel minier diversifié, avec notamment de l’or, de l’uranium, du fer, du cuivre, de l’antimoine, du sel et du natron, ainsi que différentes substances utilisées dans les matériaux de construction.
Mais c’est surtout l’or qui concentre une partie importante des efforts de structuration du secteur. Le Tchad comptait 324 sites consacrés à l’exploitation de l’or en 2024, selon les données disponibles.
Les autorités ont également annoncé la construction de quatre usines d’exploitation aurifère, avec l’ambition de mieux valoriser localement cette ressource.
L’enjeu dépasse donc la simple attribution de permis. Il s’agit pour l’État de mieux contrôler la production, la commercialisation et les revenus générés par l’exploitation du sous-sol.

Le défi de la traçabilité

La multiplication des activités minières, notamment artisanales, pose en effet la question de la traçabilité.
L’orpaillage constitue une composante importante du secteur, mais son encadrement demeure un défi pour les pouvoirs publics. La formalisation des exploitants, le contrôle des sites et la maîtrise des circuits de commercialisation sont autant de leviers permettant à l’État d’améliorer les retombées économiques de cette activité.
La SONEMIC, Société nationale d’exploitation minière et de contrôle, intervient notamment dans l’encadrement et le contrôle de l’activité minière artisanale et dans la commercialisation de l’or issu de cette production.
Le renforcement du contrôle apparaît donc comme un préalable à une meilleure mobilisation des recettes minières.

Quel signal pour les investisseurs ?

Pour les entreprises minières, la suspension constitue d’abord un facteur d’attentisme. Les sociétés qui envisageaient de déposer de nouvelles demandes devront patienter jusqu’à la réouverture du processus.
L’absence de date précise de reprise entretient également une incertitude sur le calendrier des investissements. Les opérateurs devront attendre de connaître les nouvelles conditions d’accès aux périmètres miniers avant de pouvoir engager certaines opérations de prospection.
Mais cette période de gel peut aussi produire un effet inverse à moyen terme. Un cadastre minier modernisé, des titres mieux contrôlés et un cadre réglementaire plus lisible peuvent renforcer la sécurité juridique des investissements. Pour les opérateurs sérieux, la clarification des droits et des obligations peut constituer un facteur d’attractivité supplémentaire.

N’Djamena veut davantage valoriser son sous-sol

Derrière cette décision se dessine surtout une ambition : faire du secteur minier un véritable levier de diversification de l’économie tchadienne.
Longtemps dominée par les hydrocarbures, l’économie du pays cherche de nouvelles sources de revenus. Le développement du secteur minier offre une possibilité d’élargir cette base, à condition que les ressources extraites génèrent davantage de recettes publiques, d’emplois et de valeur ajoutée locale.
La suspension des nouvelles autorisations ne constitue donc pas nécessairement un recul de l’ouverture du secteur. Elle traduit plutôt la volonté de l’État de mieux maîtriser l’accès à son sous-sol avant de relancer les nouvelles attributions.
Le prochain test sera celui de la réforme. Si la suspension débouche sur un cadastre plus fiable, un Code minier modernisé, des procédures plus transparentes et un meilleur contrôle de la production, le Tchad pourrait renforcer l’attractivité de son secteur minier.
Pour les investisseurs, le message est désormais clair : le sous-sol tchadien reste une opportunité, mais son accès sera désormais davantage encadré par l’État.

 

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