Mais derrière les pépites et les revenus générés par l’exploitation se cache une réalité beaucoup moins reluisante : celle de chantiers souvent difficiles à sécuriser.
Selon les premières informations disponibles, l’effondrement aurait concerné plusieurs galeries du site. De fortes pluies enregistrées récemment pourraient avoir fragilisé les sols, mais les causes précises de la catastrophe doivent encore être établies par les autorités compétentes.
Le drame rappelle surtout les dangers auxquels sont exposés les orpailleurs qui travaillent dans des galeries souterraines parfois creusées sans véritable dispositif de consolidation.
Une frontière, deux pays, un même drame
La particularité de cette catastrophe tient également à sa géographie.
Zamboï se trouve en République centrafricaine, mais à proximité immédiate du Cameroun. Garoua-Boulaï constitue l’une des principales portes d’entrée camerounaises vers la Centrafrique.
Dans cette zone frontalière, les populations, les commerçants et les travailleurs traversent quotidiennement les limites administratives qui séparent les deux États.
L’activité aurifère, elle aussi, ignore largement les frontières.
C’est pourquoi le drame de Zamboï concerne directement les deux pays.
Le ministère camerounais en charge des Mines a d’ailleurs précisé que l’accident du 18 août s’était produit du côté centrafricain, dans un chantier du village de Zamboï.
Cette précision géographique est importante : parler simplement d’un « éboulement dans l’Est du Cameroun » peut laisser croire que la catastrophe s’est produite sur le territoire camerounais.
Quand la richesse du sous-sol devient une malédiction
L’or constitue une ressource économique majeure pour les communautés de cette partie de l’Afrique centrale.
Mais l’exploitation artisanale pose de sérieuses questions de sécurité.
Sur certains sites, les travailleurs descendent dans des puits et des galeries dont la stabilité peut être difficile à garantir. Les risques d’éboulement sont permanents. Une pluie abondante, une mauvaise consolidation ou une excavation réalisée au mauvais endroit peuvent suffire à provoquer une catastrophe.
À Zamboï, la tragédie vient rappeler brutalement cette vulnérabilité.
Le paradoxe est cruel : ce sont les hommes qui descendent chercher la richesse du sous-sol qui paient parfois le prix le plus lourd de cette richesse.
Où était la sécurité ?
Après le choc et le décompte des victimes viendra inévitablement le temps des questions.
Qui exploitait le site ?
Dans quelles conditions les galeries étaient-elles creusées ?
Le chantier disposait-il d’une autorisation ?
Des contrôles avaient-ils été effectués ?
Les règles élémentaires de sécurité étaient-elles respectées ?
Et surtout, pourquoi autant de personnes pouvaient-elles travailler simultanément dans une exploitation présentant potentiellement des risques aussi importants ?
Ces questions sont d’autant plus importantes que le gouverneur de la région de l’Est, Grégoire Mvongo, a réagi au drame en évoquant une exploitation artisanale dont les opérations ne se déroulaient pas conformément aux normes.
Le prix humain de l’orpaillage clandestin
Le drame de Zamboï ne doit donc pas être réduit à un simple accident de terrain.
Il pose la question de la gouvernance de l’activité minière dans les zones frontalières.
L’or attire. Il attire les populations en quête de revenus, les commerçants, les investisseurs, mais aussi des acteurs opérant en dehors des cadres réglementaires.
Lorsque l’État ne parvient pas à exercer efficacement son contrôle, le risque est de voir se développer une économie parallèle dans laquelle la rentabilité prime sur la sécurité.
Et lorsque la terre finit par céder, les victimes sont presque toujours les travailleurs qui se trouvent au fond des galeries.
Une tragédie qui appelle des réponses
L’heure est désormais au secours, à l’identification des victimes et à l’accompagnement des familles endeuillées.
Mais après l’urgence humanitaire devra venir le temps de la responsabilité.
Le drame de Zamboï devrait pousser les autorités camerounaises et centrafricaines à renforcer leur coopération dans la surveillance des activités minières dans les zones frontalières.
Il faudra également s’interroger sur les conditions d’extraction de l’or, la sécurisation des galeries, le contrôle des exploitations artisanales et la traçabilité du métal produit.
Car derrière chaque gramme d’or extrait d’une galerie dangereuse peut se cacher une histoire humaine.
À Zamboï, la terre n’a pas seulement englouti des orpailleurs. Elle a aussi révélé les failles d’un système dans lequel la recherche de l’or peut encore se faire au mépris de la sécurité de ceux qui l’extraient.
Et une question demeure, lancinante : combien faudra-t-il encore de morts avant que l’or cesse d’être synonyme de tombeau ?