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Douala : Des toilettes publiques à ciel ouvert

Moins d'une cinquantaine de toilette publique existe dans toute la ville de Douala pour une population estimée à plus de 4 millions d'habitants. Les rigoles et bacs à ordures se sont substitués en toilettes publiques et urinoirs.

par Carole NOUKWA
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Ce n’est un secret pour personne, le problème de toilettes publiques se pose avec beaucoup d’acuité dans les villes camerounaises. Des cités construites sans qu’il ne soit réservé un espace de choix pour les infrastructures de ce genre.

 

 

L’absence des toilettes publique contribue à l’incivisme

Cette absence des toilettes publiques amène les populations, en majorité masculine à se mettre à l’aise n’importe où. Ce phénomène qu’on retrouve le plus souvent dans les villes est plus récurent dans les débits de boissons. Il faut dire que le problème des toilettes dans les débits de boissons et ventes à emporter est une triste réalité qui perdure depuis de nombreuses années. Cette situation déplorable a pour conséquence immédiate d’amener les usagers, épris par des urines pressantes, à se les débarrasser dans les marres d’eaux, ou les caniveaux remplis d’urines déjà stagnante d’autres usagers. Les mouches, les odeurs répugnantes et nauséabondes qui s’échappent de ces lieux infects sont loin de constituer un frein à cette pratique. Pourtant la loi N°96/12 du 5 avril 1996 relative à la gestion de l’environnement, punit d’une amende toute personne qui se livre à cette pratique. Elle fixe les cadres généraux applicables sur les actions dévastatrices de l’environnement. Ce n’est pas un hasard si sur certains murs de barrière l’injonction «interdit d’uriner ici sous peine de poursuites judiciaires» est écrite. Des messages très souvent ignorés par la population. Que ce soit au marché central de Douala ou au marché Mboppi, le constat est le même partout.

Trouver une toilette dans les rues de la capitale économique du Cameroun relève d’un véritable parcours de combattant. Celles existantes à certains endroits, sont hors d’usages. Il faut être pris d’une urgence pour comprendre tout le supplice que cela fait de ne pas avoir un endroit pour se soulager.
En effet, les toilettes publiques au Cameroun sont peu présentes en ville. Celles qui existent sont parfois dans un état douteux qui chasse les envies une fois qu’on y accède ou alors, elles sont tout simplement hors-service. Au centre administratif Bonanjo, c’est quasiment le même calvaire. Les usagers qui pour un bon nombre viennent solliciter les services publics ont du mal au besoin à utiliser les toilettes publiques qui se trouvent en face de la cour d’appel. Pour certains et surtout les femmes, l’état laisse à désirer. Les rues sont transformées en urinoir et les odeurs nauséabondes dans plusieurs coins sont la preuve irréfutable. Et s’il faut trouver des toilettes publiques si jamais ça existe, il faut débourser entre 50 et 100 Fcfa pour se mettre à l’aise. Et tous les potentiels utilisateurs ne sont pas prêts à débourser cette somme pour leur besoin.

Aujourd’hui, même les femmes n’hésitent plus à se courber en public pour uriner face à un besoin urgent, avec tout ce que cela implique pour l’hygiène et leur dignité, puisque cela ne se fait pas toujours à l’abri des regards. Il suffit de trouver un coin présumé isolé ou se cacher derrière une voiture garée et tout est joué. A chacun sa technique en fonction de l’environnement au moment du besoin. Aujourd’hui, le fait de s’accroupir ou se tenir debout pour uriner est devenu un geste normal pour beaucoup, qui n’émeut que les plus civilisés. L’incivisme a-t-il donc pris le dessus sur la morale ?

Une situation qui perdure

Au Cameroun, les autorités se comportent comme si elles n’étaient pas des camerounais. Cette absence de toilettes publiques dans la ville de Douala a coûté la vie à un gendarme le 22 juillet 2020. En effet, il s’est posé un problème de paiement de la somme de 100 francs CFA, après que le défunt se soit soulagé dans les toilettes publiques payantes installées dans une agence de transport interurbain. Le différend a dégénéré en une bagarre à l’issue mortelle. Un décès tragique qui avait amené le ministre des transports Jean Ernest Massena Ngallè Bibéhè a rappelé aux tenanciers des agences que rien ne les habilitait à mettre en place des toilettes publiques payantes au sein des agences de voyage interurbain, prérogatives qui, du reste, est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées.
L’on se souvient pourtant qu’en 2010, le Cameroun s’était doté d’une Stratégie nationale d’assainissement liquide afin d’améliorer la situation des toilettes publiques. La mise en œuvre de la stratégie devait permettre d’augmenter le taux de couverture national de 34% en 2010 à 57% en 2020. Cette amélioration ne devait pas être simplement une contribution à l’amélioration de la qualité de la santé publique des populations camerounaises, mais aussi et surtout un pas important de l’amélioration du cadre de vie et de l’environnement des populations. Rendu à août 2026, la situation est toujours aussi dégradante. On défèque et urine partout, sans se soucier des maladies que l’on peut attraper.
Il faut dire qu’au Cameroun, c’est à la dernière minute que l’on se bouge véritablement. On attend lors des grands évènements que ce soit concerts, marche sportive ou compétition dans les stades pour pallier momentanément au problème en recourant aux toilettes publiques mobiles. ça été le cas à la veille du championnat d’Afrique des nations de football ou la communauté urbaine de Douala avait lancé un appel aux operateurs économiques pour la fourniture de 500 latrines mobiles. On se souvient également qu’en 2018, la ville de Douala à travers sa mairie avait implanté en 2018 un projet de construction de 20 toilettes publiques reparties dans la ville. Le dit projet fut exécuté selon nos sources bien renseignées, par l’entreprise GENELCAM et ENDES SARL avait coûté au contribuable près de 230 millions de FCFA. A ce jour, les toilettes qui n’ont jamais été mis en service sont déjà hors service. Sur les 20 toilettes reparties dans la ville de Douala, plusieurs ont été vandalisées et servent de refuge aux sans abris. D’autres à sont restés hermétiquement fermées sans que l’on ne sache trop la raison encore moins l’objectif final de ce projet qui a causé un gap dans les caisses de l’Etat. Entre temps, ce sont les populations qui souffrent et contractent des infections.
Il est donc plus qu’ urgent que les autorités municipales fassent un effort dans ce sens. Les usagers eux aussi doivent s’impliquer dans ce vaste chantier. Leur participation devra consister à garder les installations propres sans les abimer. Il y va non seulement de l’amélioration du cadre de vie, mais aussi de l’embellissement des villes camerounaises.

Carole NOUKWA

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