Accueil A LA UNETaxis aéroportuaires : ces chauffeurs qui craignent de perdre leur place sur le tarmac

Taxis aéroportuaires : ces chauffeurs qui craignent de perdre leur place sur le tarmac

À Douala comme à Yaoundé, ils transportent les voyageurs depuis des années. Aujourd’hui, l’arrivée annoncée de nouveaux opérateurs fait planer l’incertitude sur leur avenir. Derrière leurs uniformes et leurs véhicules, ce sont des dizaines de familles qui pourraient se retrouver fragilisées.

par refletsdafrique
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Ils sont là, presque aussi familiers que les halls d’arrivée. Chemise violette ou polo blanc, pantalon noir, véhicule blanc soigneusement identifié : les chauffeurs de taxis aéroportuaires font partie du paysage des aéroports camerounais, notamment à Douala et Yaoundé.
Discrets, mais reconnaissables, ils accueillent, orientent et conduisent les passagers vers leurs différentes destinations. Pour certains voyageurs, ils constituent même le premier contact avec la ville après l’atterrissage. Mais derrière cette image professionnelle se cache aujourd’hui une inquiétude grandissante.
« Ce taxi, c’est mon père et ma mère »
Pour Alain Nzoko, alias « Ingénieur », le taxi aéroportuaire est bien plus qu’un moyen de subsistance.
Après plusieurs années passées dans cette activité, il affirme avoir construit une grande partie de sa vie autour de son volant.
«« C’est dans le taxi que je me suis marié, que j’ai construit ma petite maison. Honnêtement, ce taxi que je fais aujourd’hui est mon père et ma mère. »»
Une phrase qui résume à elle seule le poids social de cette profession.
Certains chauffeurs revendiquent 8, 10, voire 15 années d’ancienneté. Ils ont parfois abandonné leurs précédentes activités pour se consacrer entièrement au transport aéroportuaire.
Pour Pierre Domingo Onguene, le métier a également créé bien plus qu’un revenu.
«« J’ai eu beaucoup de relations grâce à ce métier. Beaucoup sont devenues mes amis et même mes frères. »»
Au fil des années, les chauffeurs ont donc construit un réseau professionnel, mais aussi humain, autour de leur activité.

Une profession aujourd’hui dans le brouillard

C’est précisément cette stabilité qui semble aujourd’hui menacée. Les chauffeurs redoutent l’arrivée de nouveaux acteurs et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une concurrence susceptible de remettre en cause leur présence sur les plateformes aéroportuaires.
Ils ne rejettent pourtant pas le principe de la concurrence. Bien au contraire.
Leur revendication porte davantage sur les conditions dans lesquelles cette concurrence doit s’exercer. Ils souhaitent notamment que toute réforme du transport aéroportuaire tienne compte de leur ancienneté, de leurs investissements et des exigences auxquelles ils ont dû répondre pour accéder aux plateformes.
Pour eux, la modernisation ne devrait pas nécessairement signifier le remplacement des anciens opérateurs par de nouveaux.
« Moderniser, oui. Être écartés, non »
Cette position est également défendue par Baudelaire Ngaakam, président national du Syndicat des transporteurs urbains, interurbains et routiers du Cameroun.
«« S’ils veulent apporter une modernisation dans notre manière de travailler, nous sommes partants. Mais en ce qui concerne le matériel roulant, nous sommes au point. Nous pouvons desservir qui que ce soit. »»
Le message est clair : les chauffeurs ne ferment pas la porte au changement. Ils demandent simplement à ne pas être considérés comme un obstacle à la modernisation.

Derrière chaque chauffeur, une famille

L’enjeu dépasse donc largement le simple stationnement de quelques véhicules sur une plateforme aéroportuaire. Derrière chaque conducteur se trouvent des enfants à scolariser, des loyers à payer, des parents à soutenir et parfois des investissements réalisés pendant plusieurs années. Pour ces professionnels, perdre l’accès à l’aéroport pourrait signifier perdre leur principale source de revenus.
Le dossier prend ainsi une dimension sociale. Car si la modernisation du transport est nécessaire, elle doit également tenir compte de la réalité économique des travailleurs qui vivent déjà de cette activité.

Le ministre des Transports attendu comme arbitre

Dans ce contexte, les chauffeurs appellent les pouvoirs publics à jouer pleinement leur rôle d’arbitre.
Ils sollicitent notamment l’ouverture d’un cadre de concertation entre les différents acteurs afin de définir des règles claires, transparentes et équitables. L’objectif ne serait pas de fermer la porte aux nouveaux opérateurs, mais de rechercher un modèle permettant de concilier modernisation, concurrence, qualité du service et préservation des emplois.
Car la question fondamentale est désormais posée :
Peut-on moderniser un secteur sans fragiliser ceux qui l’ont fait vivre pendant des années ?
À l’aéroport, les chauffeurs continuent de faire tourner leurs moteurs. Mais, pour la première fois depuis longtemps, ils regardent leur avenir dans le rétroviseur.
Ils ne demandent pas de privilège. Ils demandent simplement que le changement ne transforme pas leur longue expérience en condamnation sociale.

Luc BIGA

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