Accueil A LA UNEGuinée équatoriale : 198 milliards de FCFA pour transformer l’axe Akurenam-Kogo en corridor régional

Guinée équatoriale : 198 milliards de FCFA pour transformer l’axe Akurenam-Kogo en corridor régional

Guinée équatoriale : 198 milliards de FCFA pour transformer l’axe Akurenam-Kogo en corridor régional

par Carole NOUKWA
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La Guinée équatoriale vient de mettre en service la route Akurenam-Kogo, longue de 116 km. Inaugurée la semaine dernière par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, l’infrastructure doit améliorer la desserte de la région de Centro Sur et renforcer les liaisons entre l’intérieur du pays et sa façade maritime. Construite par China Road, la route représente un investissement annoncé de 198 milliards de FCFA, soit environ 344 millions de dollars. Au-delà de son rôle dans le réseau routier national, elle constitue une composante d’un projet à dimension sous-régionale.
L’axe s’inscrit en effet dans le corridor Nsok-Akurenam-Minang, destiné à améliorer les connexions terrestres entre la Guinée équatoriale et le Gabon. Le projet figure parmi les infrastructures intégratrices prioritaires du Programme économique régional (PER) de la CEMAC.

Un investissement qui dépasse la seule mobilité

Pour la Guinée équatoriale, l’enjeu économique est d’abord celui du désenclavement. Une infrastructure routière continue et praticable permet de rapprocher les zones de production des marchés, de faciliter l’acheminement des marchandises et de réduire les contraintes liées au transport terrestre.
La problématique dépasse cependant les frontières équato-guinéennes. Selon les données citées par la Banque africaine de développement, le transport routier représente près de 80 % des déplacements de personnes et environ 90 % du transport de marchandises dans l’espace communautaire. Dans ce contexte, la faiblesse des interconnexions entre les réseaux nationaux constitue un frein aux échanges régionaux.
La nouvelle route apporte donc un premier élément de réponse à cette contrainte. Mais son rendement économique dépendra de sa capacité à s’intégrer dans un réseau plus large reliant effectivement les principaux pôles économiques et commerciaux de la sous-région.

Le maillon gabonais sera déterminant

C’est précisément sur ce point que se joue la prochaine étape du projet. Côté gabonais, le projet Kougouleu-Medouneu-Akurenam prévoit la construction d’un axe de 168 km destiné à prolonger la connexion jusqu’au territoire gabonais. Cette continuité est essentielle pour transformer une infrastructure nationale en véritable corridor commercial. Sans prolongement du réseau, les bénéfices économiques de la route Akurenam-Kogo resteront principalement concentrés sur le territoire équato-guinéen.
À l’inverse, la réalisation de l’axe gabonais permettrait de créer une liaison terrestre plus directe entre les deux économies et de faciliter les flux de marchandises. La réduction des distances et des temps de parcours pourrait alors contribuer à diminuer certains coûts de transport et de transit.

Vers un corridor à vocation commerciale

Le corridor Nsok-Akurenam-Minang est également associé à une ambition plus large : créer les conditions favorables au développement d’un hub industrialo-portuaire dans sa zone d’influence.
Les projets intégrateurs de la CEMAC prévoient notamment le développement d’une zone économique spéciale et d’un port sec. Ces infrastructures doivent permettre d’organiser davantage les flux de marchandises, de faciliter leur transit et de soutenir les échanges avec les pays voisins.
L’objectif dépasse donc la construction d’une route. Il s’agit progressivement de constituer une chaîne logistique capable de relier les zones de production, les plateformes de transit et les infrastructures portuaires.
Pour les opérateurs économiques, la qualité de cette chaîne sera déterminante. Une route moderne peut réduire les temps de déplacement, mais son impact sur les coûts dépend aussi des procédures douanières, des contrôles aux frontières, des capacités de stockage et de la disponibilité des plateformes logistiques.

Un test pour l’intégration économique en Afrique centrale

L’infrastructure intervient dans un contexte où les pays de la CEMAC cherchent à renforcer les échanges intra-régionaux. Les difficultés d’interconnexion des réseaux routiers et l’enclavement de certaines zones portuaires figurent parmi les contraintes régulièrement identifiées pour le développement du commerce sous-régional.
La route Akurenam-Kogo constitue donc un investissement dans cette intégration. Elle peut contribuer à rapprocher les marchés équato-guinéen et gabonais et, à terme, à faciliter les connexions avec d’autres espaces économiques de la sous-région. Cette dynamique rejoint également les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à accroître les échanges entre les économies africaines. Mais l’existence d’une infrastructure ne suffit pas, à elle seule, à faire progresser les échanges.

Le véritable enjeu sera la continuité du corridor

Avec 198 milliards de FCFA engagés pour 116 km, l’investissement équato-guinéen constitue une première étape importante. La question est désormais de savoir dans quelle mesure cette nouvelle infrastructure sera intégrée à un dispositif régional fonctionnel. La réalisation du tronçon gabonais de 168 km, la fluidité des opérations aux frontières, l’existence de plateformes logistiques et la connexion aux grands pôles portuaires seront autant de conditions nécessaires pour transformer l’axe en véritable corridor économique.
L’enjeu financier est donc plus large que le coût de construction de la route. Il s’agit de rentabiliser une infrastructure lourde en générant davantage de circulation, de commerce, de services logistiques et d’activités économiques le long de son tracé. Akurenam-Kogo ouvre ainsi une nouvelle liaison routière, mais sa véritable portée économique se mesurera à la capacité de la Guinée équatoriale et du Gabon à transformer cet axe de 116 km en un corridor commercial continu et compétitif.

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