Derrière cette opération se joue un enjeu de trésorerie : mieux connaître les disponibilités de l’État pour réduire les tensions de financement à court terme et optimiser l’utilisation des ressources publiques. Quatre ans après, le Trésor remet les compteurs à jour. Le ministère des Finances veut savoir précisément où se trouvent les ressources publiques détenues dans les banques commerciales. C’est l’objectif de l’atelier consacré au recensement des comptes des administrations publiques, présidé le 29 septembre 2026 à Yaoundé par Louis Paul Motaze, ministre des Finances.
L’opération qui a réuni les institutions financières et bancaires concernées, s’inscrit dans la dynamique de mise en œuvre et de renforcement du Compte unique du Trésor (CUT). Ce mécanisme vise à donner à l’État une vision consolidée de ses ressources disponibles et à améliorer la gestion de sa trésorerie.
Le premier recensement, réalisé en 2022, avait permis d’identifier près de 450 milliards de FCFA de dépôts dans les établissements bancaires. Quatre ans plus tard, le gouvernement entend actualiser cette photographie afin de déterminer les ressources publiques encore détenues dans les banques commerciales. Le montant de 450 milliards de FCFA constitue donc une référence et non le montant actuellement disponible. Le nouvel exercice doit permettre de mesurer l’évolution des dépôts depuis 2022 et d’identifier les comptes concernés.
Des liquidités publiques à mieux mobiliser
Derrière le recensement se trouve une problématique directement financière : l’État peut-il mieux utiliser les ressources dont il dispose déjà avant de rechercher de nouveaux financements ?
Lorsque les liquidités des administrations publiques sont réparties entre plusieurs comptes bancaires, le Trésor ne dispose pas nécessairement d’une vision consolidée de l’ensemble des disponibilités. Cette dispersion peut compliquer la programmation des dépenses et des paiements et rendre plus difficile l’évaluation des ressources effectivement mobilisables à court terme.
La centralisation recherchée à travers le CUT doit précisément permettre de réduire cette fragmentation. En regroupant les informations et, progressivement, les disponibilités, le Trésor peut mieux rapprocher ses ressources de ses engagements financiers. L’enjeu est particulièrement important pour la gestion de trésorerie. Des fonds publics disponibles dans des banques commerciales peuvent coexister avec des besoins de paiement de l’État nécessitant une mobilisation de ressources supplémentaires. Une meilleure consolidation doit permettre de réduire ces décalages.
Réduire le recours aux financements de court terme
La réforme présente ainsi un intérêt pour la maîtrise des besoins de financement à court terme. Une connaissance précise des liquidités publiques permet au Trésor d’établir plus efficacement son calendrier de paiements et d’arbitrer entre les ressources disponibles et les besoins à couvrir. L’objectif n’est pas nécessairement de supprimer le recours au financement, mais d’éviter que l’État mobilise des ressources externes alors que des disponibilités publiques restent parallèlement immobilisées sur des comptes dispersés. Cette optimisation pourrait donc avoir un effet sur le coût de la gestion de trésorerie. Plus le Trésor connaît précisément ses ressources et leur disponibilité, plus il peut ajuster ses besoins de financement aux dépenses effectivement programmées.
Le nouveau recensement constitue, de ce point de vue, une étape préalable. Son intérêt financier dépendra du montant effectivement identifié et surtout de la capacité des autorités à transformer ces données en décisions de centralisation.
Un enjeu pour les banques
La centralisation des dépôts publics ne concerne toutefois pas uniquement les finances de l’État. Elle touche également le fonctionnement du système bancaire, puisque les fonds déposés par les administrations publiques constituent des ressources pour les établissements qui les détiennent. Une migration progressive de ces dépôts vers le Trésor peut donc modifier la répartition des liquidités dans le système financier. Le gouvernement doit ainsi concilier son objectif de consolidation des ressources publiques avec les conditions de liquidité du secteur bancaire. La participation des établissements de crédit au recensement est dès lors déterminante. Ils doivent permettre aux autorités d’identifier les comptes concernés, leurs titulaires et les montants qui y sont déposés.
De 450 milliards en 2022 à une nouvelle dynamique financière
Le principal résultat attendu de l’opération sera la mise à jour du chiffre de 450 milliards de FCFA recensés en 2022. La comparaison permettra de mesurer l’évolution des dépôts publics dans les banques commerciales sur quatre ans. Mais au-delà du montant, le gouvernement cherche surtout à disposer d’une cartographie précise des ressources publiques. Savoir où se trouvent les fonds, à combien ils s’élèvent et comment ils sont gérés doit permettre de mieux organiser leur centralisation. Les autorités mettent également en avant plusieurs bénéfices : une meilleure visibilité sur la trésorerie de l’État, une programmation plus efficace des dépenses et des paiements, davantage de transparence et de traçabilité, ainsi qu’une meilleure maîtrise des besoins de financement à court terme. L’enjeu est donc moins de créer de nouvelles ressources que de rendre plus disponibles et plus lisibles celles dont l’État dispose déjà.
Le véritable enjeu : transformer le recensement en liquidités mobilisables
L’exercice lancé par le ministère des Finances ne constitue finalement qu’une première étape. Le véritable enjeu financier commencera une fois les comptes recensés : il faudra déterminer quelles ressources peuvent être effectivement centralisées, selon quel calendrier et avec quelles conséquences sur la trésorerie publique et la liquidité bancaire. Si le recensement confirme l’existence de volumes importants de dépôts publics hors du CUT, leur centralisation pourrait renforcer la capacité du Trésor à gérer ses échéances sans mobiliser systématiquement de nouvelles ressources à court terme.
À l’inverse, si une part importante des 450 milliards de FCFA identifiés en 2022 a déjà été intégrée au dispositif ou n’est plus disponible, l’impact financier de l’opération sera plus limité.
Dans tous les cas, le gouvernement cherche à faire du Compte unique du Trésor un véritable outil de pilotage de la liquidité publique. Quatre ans après le premier recensement, la nouvelle opération doit permettre de savoir combien l’État détient réellement dans les banques commerciales et quelle marge de manœuvre ces ressources peuvent encore offrir à sa trésorerie.