La matinée du 30 septembre a ravivé les tensions autour du sanctuaire de Mbanya, à Douala. Une cérémonie rituelle préparatoire au sacre de Louis Din Dika Akwa devait s’y tenir, conformément au programme annoncé par le canton Akwa. Selon plusieurs sources locales, l’intervention des forces de sécurité a été marquée par l’utilisation de gaz lacrymogènes. Ces informations n’ont pas, à ce stade, été accompagnées d’un bilan officiel sur d’éventuels blessés ou interpellations.
La situation intervient alors que le sacre royal de Louis Din Dika Akwa est programmé pour le 10 octobre 2026. La date avait été officiellement annoncée le 17 août dernier à la chefferie supérieure Bonambela. La cérémonie publique doit se tenir sur les berges du Wouri, tandis que le passage par Mbanya est présenté comme une étape rituelle destinée à permettre au futur roi de communier avec les ancêtres.
Mais le choix de Mbanya est précisément devenu l’un des principaux points de désaccord. Des contestataires considèrent que le site relève d’une entité coutumière distincte et contestent, en conséquence, l’organisation de cérémonies liées au sacre sur place.


Un contentieux administratif qui nourrit la crise
Le différend autour de Mbanya ne date pas de cette semaine. Il s’appuie notamment sur un arrêté préfectoral pris en 2020, portant création d’une chefferie de troisième degré à Mbanya. Cet acte administratif a depuis fait l’objet d’un contentieux devant la justice administrative. Selon des informations publiées en juin 2026, le Tribunal administratif du Littoral a annulé l’arrêté préfectoral de 2020 portant création du village Mbanya. La décision a été saluée par Louis Din Dika Akwa, qui y voyait une issue au contentieux territorial.
D’autres sources rapportent toutefois que la décision judiciaire fait l’objet d’un appel. Le dossier reste donc un élément sensible du différend, d’autant que les protagonistes ne tirent pas tous les mêmes conséquences de la situation juridique du site.
Cette dimension administrative se superpose ainsi au différend coutumier. Pour les contestataires, le statut de Mbanya demeure suffisamment disputé pour rendre problématique la tenue d’une cérémonie royale sur le site. Du côté du canton Akwa, le sanctuaire est au contraire présenté comme faisant partie intégrante du patrimoine traditionnel du royaume Bonambela.

Une succession déjà tranchée par l’administration ?
Le conflit prend une autre dimension lorsqu’on revient au processus de succession lui-même. Après le décès de Din Dika Charles Akwa III, survenu en décembre 2020, Louis Din Dika Akwa a été désigné comme successeur le 15 mars 2022. Son choix a ensuite été homologué par un arrêté du Premier ministre daté du 23 janvier 2023, avant son installation officielle comme chef supérieur de premier degré du canton Akwa, le 15 juillet 2023, par le préfet du Wouri, Benjamin Mboutou.
Cette installation officielle n’a cependant pas définitivement éteint toutes les contestations. Plusieurs sources de l’époque faisaient déjà état d’hostilités autour de la succession. Trois ans plus tard, le sacre annoncé pour le 10 octobre doit donc donner une dimension rituelle et symbolique à une succession dont la reconnaissance administrative remonte à 2023. Le camp favorable au sacre présente l’événement comme une cérémonie de transmission et de continuité de l’institution royale. Les préparatifs sont soutenus par les instances traditionnelles du canton. En août, l’Assemblée traditionnelle du peuple Sawa, le Ngondo, avait confirmé la tenue du sacre et présenté Mbanya comme le sanctuaire du canton Akwa.

Des contestataires revendiquent une autre légitimité
Face à cette position, les opposants au processus actuel de succession revendiquent une autre lecture de la légitimité coutumière. Ils affirment notamment que 10 chefs de familles sur 11 à Boneleke auraient fait allégeance à Mbanya et soutiendraient le prince Jean-Pascal Ngando Ebongue Akwa. Ils avancent également que 5 foyers sur 7 de la famille régnante Bonadika et 9 notables sur 11 du village royal auraient pris position en faveur de ce dernier. Ces chiffres sont cependant avancés par le camp contestataire et ne constituent pas, à ce stade, un décompte indépendant permettant d’établir une représentativité consensuelle. Ils illustrent néanmoins l’ampleur de la fracture revendiquée au sein de certaines composantes de la communauté Akwa.
Le désaccord ne porte donc plus uniquement sur la personne appelée à exercer l’autorité traditionnelle. Il concerne également le statut de certains espaces coutumiers, la représentation des lignages et la manière dont doivent s’articuler légitimité traditionnelle et reconnaissance administrative.

La sécurité désormais au centre des préoccupations
Les événements du 30 septembre donnent une dimension supplémentaire à cette crise. Le déploiement d’un important dispositif de sécurité à Mbanya et les informations faisant état de tirs de gaz lacrymogènes témoignent de la sensibilité du dossier. Une correspondance du sous-préfet de Douala V, datée du 29 septembre, aurait par ailleurs autorisé la manifestation prévue à Mbanya et été transmise aux responsables chargés de la sécurité, selon les éléments communiqués par les organisateurs et les sources locales. Ce point devra être confronté au document administratif original et aux explications des autorités compétentes.
L’existence de cette autorisation, si elle est confirmée, ajoute une question à celles déjà soulevées : : dans quelles conditions une cérémonie annoncée et autorisée peut-elle dégénérer en confrontation sur le terrain ? À ce stade, aucun bilan officiel permettant d’établir précisément l’ampleur des incidents de ce jour n’a été rendu public .

Dix jours pour éviter une nouvelle escalade
Le calendrier rend désormais la situation particulièrement sensible. Le 10 octobre 2026, Louis Din Dika Akwa doit recevoir son sacre royal, vingt-cinq ans après celui de son père, Din Dika Akwa III, célébré en octobre 2001. L’actuel chef supérieur avait, lui, été officiellement installé en juillet 2023. Le différend autour de Mbanya risque donc de peser sur les derniers jours de préparation. D’un côté, le canton Akwa maintient son calendrier et continue de présenter le sacre comme une étape majeure de la transmission de l’autorité traditionnelle. De l’autre, les contestataires poursuivent leur opposition au choix du site et contestent certains fondements du processus successoral. La question est désormais moins celle de l’existence du sacre dont la date et les préparatifs sont publiquement établis que celle des conditions dans lesquelles les différentes sensibilités de la communauté pourront coexister autour de cette cérémonie.
À J-J-10, Mbanya concentre ainsi un conflit qui dépasse le seul rituel royal : il met en tension l’autorité administrative, la légitimité coutumière, le statut d’un territoire et les revendications de plusieurs lignages. La capacité des protagonistes et des autorités à maintenir le dialogue dans les prochains jours sera déterminante pour éviter que ce contentieux ancien ne se transforme en confrontation durable.