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Carburants : le Cameroun paie de plus en plus cher pour maintenir les prix à la pompe

Gasoil, importations, subventions et Sonara : derrière la stabilité affichée des prix, une facture budgétaire qui s’alourdit

par Thierry Nyope
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La stabilité des prix des carburants à la pompe cache une réalité beaucoup moins confortable pour les finances publiques camerounaises. En octobre 2026, le coût d’approvisionnement du gasoil importé vient d’atteindre des niveaux qui creusent davantage l’écart entre le prix réel du produit et celui payé par le consommateur. Pour maintenir le litre à 828 FCFA à Douala par exemple, l’État doit renforcer son mécanisme de compensation.

Selon les données présentées dans la chronique mensuelle du trader et marketeur Cédric Ketchanga, par ailleurs Pdg de KC Trade International, le litre de gasoil coûte désormais 974,93 FCFA à importer, alors qu’il est vendu à 828 FCFA à la pompe à Douala. Soit un différentiel de 146,93 FCFA par litre.

Une équation qui pose une question essentielle : combien coûte réellement au contribuable la stabilité des prix des carburants ?

Une facture d’importation qui s’envole

Déjà en début mai 2026, ce jeune compatriote avait tiré la sonnette d’alarme sur le sujet. Face aux tensions persistantes au Moyen-Orient, il avait souligné avec emphase que le gouvernement camerounais devait revoir sa politique de subvention des produits des hydrocarbures s’il ne veut pas continuer à subir les contrecoups d’une crise qui allait perdurer. 05 mois plus tard, les faits lui ont donné raison.

En juillet 2026, le coût indiqué pour importer un litre de gasoil était de 653,85 FCFA. En octobre, il vient d’atteindre 974,93 FCFA, soit une augmentation de 321,08 FCFA par litre, correspondant à une progression de 49,1 % sur trois mois.

Cette évolution est notamment liée à la hausse des composantes internationales du prix. La cotation moyenne retenue par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) serait ainsi passée de 487,08 à 711,52 FCFA le litre, tandis que la prime importateur aurait progressé de 58,14 à 128,27 FCFA.

Le paradoxe est donc manifeste : plus le coût réel du carburant augmente, plus l’État doit intervenir pour empêcher cette hausse de se répercuter immédiatement sur les automobilistes et les entreprises.

Pour maintenir le prix du gasoil à 828 FCFA le litre, la compensation publique devient mécaniquement plus importante malheureusement. La ligne « soutien/remboursement État » serait passée de 109,22 FCFA par litre en juillet à 430,30 FCFA en octobre. Cette progression correspond à l’augmentation du coût d’importation observée sur la période.

Mais attention : ces 430,30 FCFA par litre ne signifient pas automatiquement que l’État dépense cette somme pour chaque litre vendu. La dépense budgétaire effective dépend notamment des volumes éligibles à la compensation et des modalités de remboursement, précise Cédric Ketchanga.

Il n’empêche que l’ordre de grandeur est considérable. D’après les données évoquées dans la chronique, du Pdg de KC Trade International, le soutien aux prix à la pompe aurait déjà atteint près de 300 milliards de FCFA depuis le début de l’année 2026. Pour 2027, l’enveloppe annoncée pour les subventions à l’énergie serait de l’ordre de 340 milliards de FCFA, couvrant à la fois les carburants et l’électricité.

Le paradoxe d’un pays producteur de pétrole

Le problème prend une dimension particulière dans un pays qui produit lui-même du pétrole brut. Le Cameroun demeure pourtant fortement dépendant des importations de produits raffinés. Les données du premier trimestre 2026 citées dans la chronique font état de 274,3 milliards de FCFA d’importations d’hydrocarbures, en hausse de 2,5 % sur un an.

Dans le même temps, les recettes issues des exportations de pétrole brut auraient reculé de 14,4 %, à 152,4 milliards de FCFA. Autrement dit, la hausse du pétrole sur les marchés internationaux ne se transforme pas automatiquement en gain budgétaire pour le Cameroun. Une partie des recettes supplémentaires peut être absorbée par l’augmentation de la facture énergétique et par le coût des mécanismes de soutien aux prix.

Le Fonds monétaire international, à l’issue de sa mission de septembre 2026, a d’ailleurs relevé que le choc sur les cours internationaux du pétrole génère d’importantes subventions aux carburants et contribue à une nouvelle dégradation modérée de la situation budgétaire. Car, les sommes faramineuses injectées dans ces subventions pourraient être utilisées dans l’amélioration du cadre de vie des Camerounais.

SONARA : le nœud du problème

Derrière cette vulnérabilité se trouve une question industrielle qui reste entière : la capacité du Cameroun à raffiner suffisamment de produits pétroliers pour satisfaire sa demande intérieure.

En effet, depuis l’incendie spectaculaire survenu dans la nuit de vendredi à samedi 1er juin 2019, la SONARA n’a pas retrouvé une capacité permettant de réduire significativement la dépendance aux importations de produits raffinés.

Le programme PARRAS 24 avait été conçu dans la perspective d’une remise en état progressive de la raffinerie. Mais le dossier a évolué en 2026 vers la recherche d’un partenariat public-privé destiné à financer sa reconstruction. Une situation qui a une conséquence directe nous apprend Cédric Ketchanga. Dans la mesure où les capacités nationales de raffinage restent insuffisantes, exposant ainsi le Cameroun aux fluctuations des cours du pétrole des marchés internationaux. Mais également du coût du fret, des primes d’importation et du taux de change. Et il va sans dire que chacun de ces paramètres pèse sur le prix de revient du carburant.

La question n’est donc pas seulement celle du prix affiché à la pompe. Elle concerne aussi le coût collectif du maintien artificiel de ce prix. Car, s’il est bien vrai que la subvention permet de protéger temporairement les consommateurs contre les fluctuations internationales, il n’en demeure pas tout aussi qu’elle transfère une partie de ce coût vers le budget de l’État.

Et parce que cette mécanique pose un problème de soutenabilité, jusqu’où le budget du Cameroun peut-il continuer à absorber l’écart entre le coût réel des carburants et leur prix à la pompe ? C’est la principale question que de nombreux économistes se posent.

Le FMI préconise notamment une réforme du mécanisme de fixation des prix et un meilleur ciblage des aides sociales. L’objectif serait de réduire progressivement le coût budgétaire du système tout en protégeant les catégories les plus vulnérables.

Entre stabilité sociale et risque budgétaire

Le maintien du prix du gasoil à 828 FCFA présente un avantage immédiat pour les ménages, les transporteurs et les entreprises. Une hausse brutale du carburant pourrait en effet se répercuter sur les coûts de transport, les prix des marchandises et, plus largement, sur l’inflation.

Mais la stabilité à la pompe n’efface pas le coût économique réel du carburant. Elle déplace simplement une partie de la facture. Le Cameroun se trouve ainsi face à une équation à trois inconnues : maintenir le pouvoir d’achat, contenir l’inflation et préserver les équilibres budgétaires.

Et derrière cette équation se trouve une question industrielle fondamentale : combien de temps encore le pays pourra-t-il subventionner sa dépendance aux importations de produits raffinés sans régler durablement le problème de sa capacité nationale de raffinage ?

La réponse passe nécessairement par la SONARA, mais aussi par une réflexion plus large sur la politique énergétique, le mécanisme de fixation des prix, le ciblage des subventions et la capacité du pays à transformer davantage son pétrole brut sur place.

À la pompe, le prix reste stable. Dans les comptes publics, en revanche, la facture continue de monter.

 

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