À mes compatriotes camerounais d’abord, aux femmes et hommes d’Afrique ensuite.
En mai dernier, je vous alertais sur la fragilité de la stabilité des prix à la pompe. Cinq mois plus tard, les chiffres d’octobre confirment l’ampleur du choc : le Cameroun paie de plus en plus cher pour maintenir inchangés les prix des carburants.
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Le gasoil coûte désormais plus cher à importer qu’à vendre
La structure des prix d’octobre 2026 montre un chiffre spectaculaire : 974,93 FCFA par litre pour importer le gasoil, contre 653,85 FCFA en juillet, soit une hausse de 321,08 FCFA ou 49,1 % en trois mois.
Dans le même temps, le prix à la pompe reste fixé à 828 FCFA/litre à Douala. L’écart atteint donc 146,93 FCFA par litre.
974,93 FCFA pour importer un litre de gasoil
828 FCFA prix à la pompe à Douala
146,93 d’écart par litre
La hausse vient principalement de l’amont : la cotation moyenne retenue par la CSPH est passée de 487,08 à 711,52 FCFA/litre, tandis que la prime importateur est passée de 58,14 à 128,27 FCFA. Autrement dit, le choc provient d’abord des conditions internationales d’approvisionnement. Le Cameroun importe des produits raffinés alors qu’il demeure lui-même producteur de pétrole brut.
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La compensation absorbe le choc
Pour maintenir le prix du gasoil à 828 FCFA, la ligne « soutien/remboursement État » est passée de 109,22 FCFA/litre en juillet à 430,30 FCFA en octobre.
La progression est donc de 321,08 FCFA/litre, exactement celle du coût d’importation.
Il faut cependant éviter une erreur de lecture : 430,30 FCFA/litre n’est pas automatiquement une dépense budgétaire effectivement décaissée pour chaque litre vendu. La dépense réelle dépend notamment des volumes éligibles et des modalités de compensation.
L’ordre de grandeur reste néanmoins considérable. Selon les données publiées en juillet, le soutien aux prix à la pompe avait atteint environ 300 milliards de FCFA depuis le début de 2026. Pour 2027, le gouvernement prévoit une enveloppe de 340 milliards de FCFA pour les subventions à l’énergie, couvrant le carburant et l’électricité.
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Le paradoxe d’un pays producteur de pétrole
Le Cameroun produit du pétrole, mais il doit importer une grande partie des produits raffinés qu’il consomme. Les données du premier trimestre 2026 illustrent ce paradoxe : les importations d’hydrocarbures ont atteint 274,3 milliards de FCFA, en hausse de 2,5 % sur un an, tandis que les recettes provenant des exportations de pétrole brut ont reculé de 14,4 %, à 152,4 milliards de FCFA.
La hausse du prix du pétrole ne se traduit donc pas mécaniquement par un gain budgétaire net : une partie des recettes supplémentaires est absorbée par l’augmentation de la facture énergétique et des subventions. Le FMI vient d’ailleurs de confirmer, après sa mission de septembre 2026, que le choc sur les cours internationaux du pétrole génère des subventions importantes aux carburants et contribue à une nouvelle dégradation modérée de la situation budgétaire.
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La SONARA reste le problème structurel
Cette vulnérabilité renvoie directement à la situation de la SONARA.
Depuis l’incendie de 2019, le Cameroun reste fortement dépendant des importations de produits raffinés. Le programme PARRAS 24 avait été conçu pour permettre la remise en état progressive de la raffinerie, mais le dossier a évolué en 2026 vers la recherche d’un partenariat public-privé pour financer la reconstruction.
Cela signifie que le Cameroun restera exposé aux marchés internationaux tant que ses capacités nationales de raffinage ne seront pas durablement rétablies.
Chaque mois de dépendance supplémentaire signifie davantage d’exposition à la volatilité des cours, du fret, des primes d’importation et du taux de change.
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Le véritable risque est budgétaire
Le problème n’est donc pas seulement celui du prix à la pompe. C’est celui du coût collectif de la stabilité artificielle du prix.
Le FMI estime que la politique de subvention réduit les effets immédiats du choc sur les consommateurs, mais souligne parallèlement la nécessité de réformer le mécanisme de fixation des prix et de mieux cibler les aides sociales.
Le dilemme est désormais clair :
soit l’État continue d’absorber le choc, au risque d’accroître la pression sur les finances publiques ;
soit il prépare progressivement une transition, avec une évolution mieux maîtrisée des prix et des mesures ciblées en faveur des ménages vulnérables et des secteurs les plus exposés.
La question n’est donc plus simplement : combien coûte le litre à la pompe ? La vraie question est : «combien coûte au Trésor le maintien de ce prix ?»
Conclusion : le temps de l’anticipation
Le chiffre qui résume le mieux la situation est peut-être celui-ci : 974,93 FCFA pour importer un litre de gasoil qui reste vendu 828 FCFA à Douala.
Cette différence ne disparaît pas. Elle est transférée ailleurs : dans les mécanismes de compensation, dans les comptes publics et, indirectement, dans les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
Le Cameroun ne peut pas supprimer du jour au lendemain son exposition aux marchés internationaux. Mais il peut réduire progressivement cette vulnérabilité : réhabilitation durable de la SONARA, sécurisation des approvisionnements, amélioration de la gouvernance des subventions, mécanisme de prix plus transparent et protection ciblée des ménages les plus vulnérables.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement le prix du carburant. C’est la soutenabilité du système qui permet de maintenir ce prix.