Réunis le 30 juillet dernier à Douala lors du 2ème Forum sous-régional des acteurs du fret consacré à la compétitivité des corridors transfrontaliers et à la facilitation des échanges en zone CEMAC, les professionnels de la chaîne logistique ont dressé un diagnostic sans complaisance et formulé une série de recommandations destinées à accélérer l’intégration économique régionale.
Organisée par le Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT) du Cameroun, le Forum sous-régional des acteurs du fret sur la compétitivité des corridors transfrontaliers et la facilitation des échanges en zone CEMAC a réuni les directeurs généraux et les représentants des organismes de gestion du fret du Tchad, de la République centrafricaine, du Congo et du Bénin. L’objectif principal était de tracer une nouvelle feuille de route pour fluidifier le commerce et réduire les délais de transit en Afrique centrale.
Etat des lieux des corridors
Les corridors Douala-N’Djamena, Douala-Bangui, Kribi-N’Djamena ou encore ceux reliant les différents pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) constituent les principales artères du commerce sous-régional. Chaque année, des millions de tonnes de marchandises y transitent pour approvisionner les États de l’hinterland comme le Tchad et la République centrafricaine. 3 à 5 millions de tonnes transitent annuellement via Douala vers ces pays, représentant jusqu’à 40% des importations de certains États du Bassin du Tchad.
Selon les témoignages fait pendant ce forum, le temps moyen de transit Douala-N’Djamena atteint actuellement 12 à 15 jours en conditions normales, contre 4 à 6 jours pour un corridor performant comparable en Afrique de l’Ouest. Les contrôles administratifs, barrières non tarifaires et les coupeurs de bâches allongeraient les délais de 30 à 50%. Sur le plan financier, les opérateurs estiment que les coûts logistiques sont surévalués de 20 à 35% par rapport à une chaîne fluide. Ces surcoûts, intègrent le temps de stockage, les amendes, les détournements et les frais informels.
Les prélèvements illicites représenteraient, d’après plusieurs transporteurs, entre 5% et 10% du coût total du transport sur certains segments. À cela s’ajoutent les frais informels, les insuffisances des infrastructures de certaines sections routières, l’absence d’interconnexion complète des systèmes numériques ainsi que le manque d’harmonisation des réglementations entre les pays membres de la CEMAC.
L’enjeu du forum
Les professionnels du fret estiment que ces difficultés pénalisent directement les opérateurs économiques. Les retards de livraison augmentent les coûts de stockage, réduisent la compétitivité des entreprises et découragent parfois les investisseurs. Pour les pays sans accès à la mer, chaque journée supplémentaire passée sur un corridor se traduit par une hausse du coût des importations, avec des répercussions sur les prix payés par les consommateurs. Les travaux ont donc permis de mettre en lumière les principales difficultés qui affectent les corridors stratégiques de la sous-région. Le Coordonnateur général du BGFT Cameroun, Elhadj Oumarou, a notamment évoqué « les lenteurs administratives, les insuffisances des infrastructures logistiques, les contraintes liées au transit, le manque d’harmonisation des procédures et la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents acteurs du secteur« . Des difficultés qui ont servi de fil d’ariane pour la constitution des différents panels au cours de ce forum.
Pour tenter de répondre à ces difficultés, les experts ont répartis en cinq panels thématiques les freins persistants qui pèsent sur la fluidité des flux : A savoir: Economie des corridors et Facilitation des échanges; Révolution digitale et interopérabilité documentaire; Sécurité, sûreté et fluidification des axes transfrontaliers; Ingénierie financière et Infrastructures de soutien au transport; et Gouvernance institutionnelle et intégration commerciale.
Les recommandations du forum
Face à ces défis, les directeurs généraux et représentants des organismes de gestion du fret (Cameroun, Tchad, RCA, Congo, Bénin) ont lors de cette deuxième édition du Forum sous-régional à Douala, adopté une série de recommandations stratégiques urgentes pour débloquer la compétitivité des corridors de la zone CEMAC.
La première orientation porte sur l’harmonisation des réglementations et des procédures de transit entre les États de la CEMAC. Les acteurs recommandent une convergence des textes, une simplification des formalités administratives et douanières ainsi qu’une meilleure coordination des administrations compétentes afin de réduire les délais de passage et les coûts supportés par les transporteurs.
La deuxième résolution concerne l’accélération de la transformation numérique du Fret. Les participants ont insisté sur la généralisation des outils digitaux permettant le suivi des marchandises, la dématérialisation des documents de transport et une meilleure traçabilité des opérations. La plateforme Landfreight IS+, développée par le BGFT, a été présentée comme un instrument majeur pour améliorer la transparence et la sécurisation des flux.
Les acteurs du fret ont également recommandé le renforcement des infrastructures de transport et des équipements logistiques. Cette priorité concerne notamment l’aménagement des corridors routiers, la construction de plateformes logistiques modernes, la création d’aires de repos sécurisées pour les transporteurs ainsi que l’amélioration des installations nécessaires au transit des marchandises.
La question de la sécurité du fret a également occupé une place importante dans les recommandations. Les participants préconisent une coopération renforcée entre les États et les différents services concernés afin de mieux protéger les marchandises, les transporteurs et les infrastructures sur les grands axes régionaux.
Sur le plan financier, les résolutions appellent à la mise en place de mécanismes innovants de financement pour accompagner les projets liés au transport et à la logistique. Les participants estiment que le développement des corridors nécessite des investissements durables capables de répondre à la croissance des échanges commerciaux.
Enjeux régionaux
Au-delà des aspects techniques, ce forum rappelle que la compétitivité des corridors transfrontaliers constitue aujourd’hui un enjeu stratégique pour l’avenir de la CEMAC. À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre de nouvelles perspectives commerciales, l’Afrique centrale ne pourra pleinement tirer profit de ce vaste marché que si elle parvient à fluidifier durablement la circulation des biens et des services. Pour les acteurs du fret, l’intégration économique ne se construira pas uniquement par les textes communautaires, mais surtout par des corridors performants, fiables et capables de rapprocher efficacement les économies de la sous-région. Le forum a enfin consacré la création d’un « Africa Fret » à travers la signature de la Déclaration de Douala. Cette initiative ambitionne de fédérer les acteurs africains du fret terrestre autour d’un réseau connecté, favorisant l’interconnexion des systèmes logistiques, la souveraineté numérique et l’accompagnement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
À la fin des travaux, S.E. Armando Kote Echuaca, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Guinée équatoriale au Cameroun et doyen du corps diplomatique accrédité à Yaoundé, a salué les résultats issus de cette rencontre : « Ce forum a constitué une opportunité majeure pour renforcer notre coopération et apporter des réponses adaptées aux défis qui affectent les corridors de transport en Afrique centrale. Les recommandations adoptées traduisent notre volonté commune d’améliorer la circulation des marchandises, de réduire les contraintes sur les axes transfrontaliers et de contribuer au développement économique de nos États ».