Le secteur camerounais du tabac est-il au bord d’une nouvelle zone de turbulence ? C’est la crainte exprimée par les fabricants, importateurs et distributeurs de produits du tabac dans une correspondance adressée au ministre délégué auprès du ministre des Finances. Dans ce courrier, dont nous avons eu copie, les opérateurs économiques sollicitent une intervention urgente de l’administration fiscale face aux difficultés persistantes rencontrées dans la livraison des vignettes fiscales pourtant commandées et payées.
Des vignettes qui se font attendre
Le problème paraît, en apparence, administratif. Ses conséquences pourraient cependant être beaucoup plus lourdes. Selon les signataires de la correspondance, l’indisponibilité des vignettes fiscales perturbe déjà la planification et la continuité de leurs opérations.
Ces entreprises préviennent notamment que la situation pourrait provoquer, à très court terme, des ruptures dans l’approvisionnement du marché camerounais en produits légaux. Elles demandent donc aux autorités de prendre les mesures nécessaires afin de permettre la livraison « immédiate » des vignettes déjà commandées et payées.
Un paradoxe apparaît ainsi en filigrane : alors que les opérateurs légaux disent avoir accompli leurs obligations, notamment financières, ils se retrouvent confrontés à une indisponibilité d’un élément indispensable à la commercialisation de leurs produits.
Le spectre du marché parallèle
Au-delà des difficultés rencontrées par les entreprises, les auteurs de la correspondance mettent en avant un autre risque : celui d’un renforcement du commerce illicite des produits du tabac.
Ils estiment qu’une éventuelle rupture d’approvisionnement du marché légal pourrait créer un espace supplémentaire pour les produits issus des circuits clandestins. Or, précisent-ils, le marché camerounais connaît déjà une présence significative de produits qui ne s’acquittent pas des droits et taxes dus à l’État
La conséquence serait alors double : fragilisation des entreprises régulièrement établies et avantage supplémentaire accordé aux opérateurs du marché parallèle.
L’État également exposé
Le problème ne concerne donc pas uniquement les industriels et distributeurs. Les finances publiques pourraient elles aussi en subir les conséquences.
Dans leur correspondance, les opérateurs évoquent une possible diminution des recettes fiscales attendues par l’État du Cameroun, dans l’hypothèse où les activités légales seraient ralenties ou temporairement interrompues.
À cela s’ajoutent les risques liés à l’exposition des consommateurs à des produits non contrôlés, ainsi que les pertes commerciales susceptibles d’être enregistrées par les entreprises légalement implantées.
Les signataires ne se limitent pas à réclamer la livraison des vignettes actuellement attendues. Ils sollicitent également la mise en place d’une solution durable, capable de garantir la régularité et la prévisibilité des prochaines livraisons.
L’objectif affiché est d’éviter que le même scénario ne se reproduise et ne perturbe à nouveau la production et l’approvisionnement du marché légal.
Un problème administratif aux conséquences économiques
Derrière cette affaire de vignettes fiscales se dessine donc un enjeu plus large de gouvernance du marché du tabac. La vignette fiscale n’est pas un simple morceau de papier : elle participe au dispositif permettant d’identifier les produits régulièrement mis sur le marché et soumis aux obligations fiscales.
Lorsque les entreprises affirment avoir payé leurs commandes mais ne pas recevoir les vignettes correspondantes, c’est toute la chaîne — production, distribution, contrôle et recettes fiscales — qui peut se retrouver sous tension.
Pour les opérateurs économiques du secteur, l’urgence est désormais de rétablir la fluidité du système. Pour l’administration, l’enjeu consiste à éviter qu’une difficulté dans la délivrance des vignettes fiscales ne se transforme en rupture du marché légal, en manque à gagner pour le Trésor public et en opportunité pour le commerce clandestin.
La balle est désormais dans le camp du ministère des Finances.