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Cameroun : Le financement de la SND30 au cœur du road-show londonien

À Londres, les 9 et 10 septembre 2026, le Cameroun a tenté de convaincre les investisseurs internationaux d’entrer dans le financement de sa transformation économique. Avec des besoins estimés entre 88 000 et 89 000 milliards de FCFA pour la SND30, le gouvernement ne veut plus seulement mobiliser des emprunts. Il cherche désormais des capitaux moins coûteux, mieux structurés et davantage adossés au partage des risques.

par Carole NOUKWA
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Le Cameroun veut changer d’échelle dans la mobilisation des capitaux destinés à financer son développement. C’est tout l’enjeu du Market Sounding – Road Show avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC), organisé il y a quelques jours à Marlborough House à Londres, .
La rencontre a permis à la délégation camerounaise, conduite par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, de présenter aux investisseurs, institutions financières et partenaires du Commonwealth, les fondamentaux de l’économie camerounaise ainsi que les opportunités offertes par la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
L’enjeu est considérable. La mise en œuvre de cette stratégie nécessite des investissements estimés à près de 88 000 à 89 000 milliards de FCFA. Environ 45% de cette enveloppe devraient provenir des partenaires au développement et du secteur privé. Derrière ces montants se pose donc une question centrale : comment mobiliser autant de ressources sans transformer le financement du développement en nouveau facteur de pression sur les finances publiques ?

Motaze veut « mieux financer » plutôt qu’emprunter

À Londres, le message porté par le gouvernement camerounais est relativement clair : l’équation ne consiste pas uniquement à trouver davantage d’argent, mais à trouver un argent mieux adapté aux projets à financer. Le ministre des Finances Louis Paul Motazé a ainsi insisté sur la nécessité de privilégier des financements à coût soutenable, assortis de maturités appropriées, de mécanismes de garantie et d’un meilleur partage des risques.
Cette approche marque une évolution dans la stratégie de financement. Plutôt que de recourir systématiquement à l’endettement classique, Yaoundé cherche à élargir la palette des instruments disponibles : financement mixte, garanties, mécanismes de partage des risques, capitaux privés et financements verts, sociaux ou durables.
L’objectif est aussi de mieux faire correspondre la nature des financements à celle des projets. Une infrastructure énergétique de grande taille, un projet minier ou un programme industriel ne présentent pas le même profil de risque ni les mêmes capacités de génération de revenus. Leur financement ne peut donc pas reposer sur un modèle unique.

Une dette encore sous le plafond communautaire

Cette stratégie intervient alors que les indicateurs macroéconomiques présentés par le Cameroun restent relativement favorables.
En 2025, le PIB nominal s’est établi à 34 474 milliards de FCFA, tandis que la croissance économique a atteint 3,5%, pour la troisième année consécutive. Autre caractéristique importante : près de 98% de l’activité économique provient désormais des secteurs non pétroliers. Le niveau d’endettement constitue également un argument avancé auprès des investisseurs. La dette publique représentait 43,7% du PIB à fin 2025, un niveau inférieur au plafond communautaire de 70% fixé dans la CEMAC. Ces chiffres donnent au Cameroun une certaine marge de manœuvre. Mais ils ne règlent pas pour autant le problème du financement de la SND30. Car l’écart entre les besoins d’investissement et les ressources publiques disponibles reste considérable.
La question n’est donc plus uniquement de savoir si le Cameroun peut encore emprunter. Elle consiste surtout à déterminer dans quelles conditions il doit mobiliser de nouveaux capitaux et quelle part du risque doit être supportée par l’État.

Le secteur énergétique constitue l’un des principaux arguments présentés aux investisseurs londoniens

Le Cameroun dispose d’un potentiel hydroélectrique supérieur à 12 GW, alors que les besoins énergétiques du pays continuent d’augmenter avec l’urbanisation, l’industrialisation et le développement des activités productives.
Des projets comme Nachtigal, désormais opérationnel, ou encore Kikot, en développement, illustrent cette volonté d’augmenter l’offre énergétique.
Mais l’enjeu dépasse la seule production d’électricité. Pour Yaoundé, l’énergie doit devenir un levier de transformation industrielle. Une électricité plus abondante et plus compétitive peut favoriser l’implantation d’unités de transformation, soutenir les industries existantes et réduire certains coûts de production.
Le même raisonnement vaut pour les infrastructures de transport et de logistique, l’agro-industrie, les mines, la transformation locale des matières premières, le numérique, l’eau et les infrastructures urbaines.
Transformer les opportunités en projets bancables. C’est probablement l’un des principaux défis révélés par le road-show londonien. Présenter le potentiel économique du Cameroun ne suffit plus. Les investisseurs attendent désormais des projets suffisamment structurés, rentables, sécurisés et bancables.
Le pays doit donc passer d’une logique de promotion des opportunités à une logique de préparation financière des projets. Cela suppose des études de faisabilité solides, une meilleure répartition des risques, des mécanismes de garantie crédibles et une visibilité suffisante sur les conditions de retour sur investissement.
Pour les investisseurs privés, le potentiel d’un secteur ne constitue pas à lui seul une garantie. Il faut également pouvoir évaluer les risques réglementaires, commerciaux, financiers, opérationnels et politiques.
C’est précisément sur ce terrain que les mécanismes de financement mixte peuvent jouer un rôle. En associant ressources publiques, financements concessionnels et capitaux privés, ils peuvent permettre de réduire le niveau de risque supporté par les investisseurs et rendre certains projets plus attractifs.

La finance verte comme nouvelle source de capitaux

Le Cameroun cherche également à tirer profit de la montée en puissance de la finance durable. Le pays dispose d’un potentiel important dans les secteurs liés au climat et à la préservation de l’environnement. En 2026, environ 406 milliards de FCFA de dépenses budgétaires sont considérés comme sensibles au climat. À cela s’ajoute le potentiel du bassin du Congo, qui ouvre des perspectives en matière de financement carbone et de valorisation économique des actifs environnementaux.
Les obligations vertes, sociales et durables peuvent ainsi constituer de nouvelles portes d’entrée vers les marchés financiers internationaux. Mais là encore, la crédibilité du dispositif dépendra de la qualité des projets financés et de la capacité à démontrer leur impact.

Le véritable défi : convertir l’intérêt des investisseurs en capitaux

Le road-show de Londres constitue donc davantage qu’une opération de communication économique. Il intervient à un moment où le Cameroun doit trouver les moyens financiers de concrétiser une stratégie de développement particulièrement ambitieuse.
Avec près de 88 000 à 89 000 milliards de FCFA de besoins d’investissement, dont environ 45% attendus des partenaires au développement et du secteur privé, le pays ne peut pas compter uniquement sur les ressources budgétaires.
La mobilisation des investisseurs internationaux devient dès lors stratégique.
Mais entre l’intérêt exprimé par un investisseur et la signature effective d’un financement, le chemin reste long. Le Cameroun devra démontrer que ses projets sont suffisamment mûrs, rentables et sécurisés pour absorber des capitaux privés sur le long terme.
Le véritable succès du rendez-vous londonien ne se mesurera donc pas au nombre de contacts établis ou de promesses formulées. Il se mesurera à la capacité de Yaoundé à transformer ce dialogue avec les investisseurs en financements effectivement mobilisés pour les projets de la SND30.
À Londres, le Cameroun a donc commencé à vendre autre chose que ses ressources et son potentiel : il cherche désormais à vendre une nouvelle équation de financement de son développement. Et cette équation repose moins sur « combien emprunter ? » que sur une question devenue centrale : comment attirer davantage de capitaux tout en maîtrisant leur coût et les risques qu’ils font peser sur l’État ?
Cette version met davantage la pression sur l’équation financière de la SND30 : les besoins, la dette, les 45% attendus du privé et des partenaires, puis le passage indispensable des « opportunités » aux projets bancables.

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